De Choquequirao jusqu’à Playa, ou le purgatoire andin, 8 – 11 juillet 2017


Seconde partie du récit de nos neufs jours de marche pour rejoindre le Machu Picchu.

 

8 juillet : De Pinchanuyoc à Maizal

La nuit est bonne, et nous tentons de partir un peu moins tard car l’étape d’aujourd’hui est nettement plus difficile. Nous réussissons à réparer notre gourde qui fuit en combinant habilement duct tape et enduit silicone.

La descente au plus bas du Rio Blanco est aisée. Nous nous offrons une grosse pause désaltérante et rafraichissante, troublée cependant par les sandflies, un véritable fléau dès que l’on s’approche des cours d’eau. Heureusement que nous nous avons dormi au milieu des ruines plutôt qu’ici.

 

Le tracé du chemin à gravir ne nous impressionne guère (1000 mètres de dénivelé tout de même), mais ne nous réjouit pas non plus. À vrai dire, nous sommes un peu las.

Montée jusqu’à Maizal

 

La montée jusqu’au village se fait dans la douleur, comme d’habitude.

 

Le village de Maizal se réduit en fait à une simple ferme où habite une petite dame édentée qui accueille les tours organisés. Nos compères australiens sont déjà installés, et la montée a été dure pour Ben, qui gît dans sa tente trois étoiles.

 

La petite dame n’a qu’un petit bout de terre sec et irrégulier à nous proposer, aussi préférons-nous continuer vers un autre camping indiqué « Maizal » sur notre carte un peu plus loin…

Au lieu-dit, nous trouvons une place sur de l’herbe, avec une vue sympa. Encore une bonne décision !! Nous dinons sur le banc devant la masure. Le guide des deux danois est très loquace.

 


9 juillet : Souffrance de Maizal à Yanama

Nous passons une excellente nuit, mais le matin la tente est trempée : il a fait très froid et nous devons éponger la condensation avant de plier bagages. Le mono-toit était un bon pari dans les pays chauds, mais devient très vite un cauchemar dans un humide avec fortes variations de températures.

En attendant que nos affaire sèchent, nous observons le manège du chargement des mules. Il en faut de la logistique et des efforts pour maintenir le petit confort des occidentaux sur les sentiers andins…

 

Il y a seulement 5 kilomètres jusqu’au col San Juan, situé à 4150 m d’altitude. Le hic, c’est que cette distance s’accompagne de 1000 mètres de dénivelé positif… Nous prenons donc notre temps, nous souffrons, mais les paysages sont une récompense.

 

Au sommet, ce qui ressemble à un débit de boisson abandonné défie un vent à décorner les bœufs. Nous nous offrons une longue pause avant de descendre vers le village de Yanama.

 

C’est un jeu d’enfant, nous dévalons tels des cabris, et choisissons de nous arrêter au premier camping. C’est un charmant jardin rempli de fleurs et de poules. Il y a déjà une tente : c’est Michael, qui est bien mal en point. « I can’t keep anything down… ». La diarrhée en trek, on a connu et c’est très dur.

Nous descendons ensuite au village et parlons une dernière fois à nos amis australiens, installés sur le camping principal. Nous leurs disons adieu, car demain ils bifurquent vers Huancacalle, sur une trace très peu fréquentée.

Dans la tienda, nous achetons un rouleau de papier toilette et un oignon.

Le soir, nous préparons à manger dans la cuisine de la maison de la petite dame. Michael a dormi la nuit dernière au col, sous le auvent du débit à boisson avec un autre backpacker, il y a fait très froid. Il est maintenant très fatigué, et il rejoindra Playa en collectivo demain.

 


10 juillet : Souffrance (avec pleurs) de Yanama à Tortora

La nuit est divinement reposante. Nous avons commandé le petit-déjeuner roboratif arroz con papa frita y uves (le même que partout) à la petite dame.

 

Ignorant tout de la journée d’aujourd’hui, nous la commençons plutôt gaiement et avec une certaine insouciance. La route carrossable s’élève lentement vers le col de Mariano Llamoja. Nous marchons longtemps en compagnie d’un backpacker allemand, rompu à la randonnée. Il est très rapide et lorsque le dénivelé s’accentue, il finit par nous lâcher.

 

Trois heures de combat contre la fatigue et l’abattement, c’est le temps qu’il nous faudra pour atteindre le col de Mariano Llamoja, situé à 4660 mètres. Charlotte refusant obstinément d’avancer, il faudra alléger son sac et Benjamin portera les légumes jusqu’au pic. Nous espérerons jusqu’aux derniers instants être pris en stop sur la route en serpentin, mais nous ne verrons en tout et pour tout qu’une moto.

 

Au point culminant, la barre céréale réconforte à peine la Charlotte, durement éprouvée par l’ascension.

 

Au bout d’une descente interminable, nous nous arrêtons un peu avant Tortora dans un camping public abandonné. Il y a des douches, très froides, mais nos corps durement éprouvés par cette journée, nous n’hésitons pas.

 

Le repas est délicieux, et nous dormons comme des loirs. Cette journée aura été, de loin, la plus dure pour nos organismes et notre moral.

 


11 juillet : 28 kilomètres de ballade de Tortora à Playa

Aujourd’hui, 1500 kilomètres de dénivelé négatif. Autant dire que notre horizon moral est tout de suite beaucoup plus clair.

 

Sur le chemin de Tortora, nous croisons notre compagnon d’hier : il a dormi dans le jardin d’une famille sous un préau en fibrociment, sans même déplier sa tente, en vagabond déterminé. Un peu las aujourd’hui, il a choisi de prendre un collectivo jusqu’à Playa.

L’étape d’aujourd’hui ne comporte certainement pas de panorama comme les précédentes, mais elle reste néanmoins agréable. Le village de Tortora a développé depuis peu son offre touristique, avec la construction d’un grand ecolodge.

 

À Collapampa, une monumentale déception nous attend : les sources thermales sont taries !! Si l’on en juge par l’état des installations, cela ne date pas d’hier. Nous sommes absolument dépités.

 

À partir de ce point, nous rejoignons le trek de Salkantay, qui longe la rivière sur 10 kilomètres à travers les plantations dont beaucoup proposent un emplacement de camping voire des lits. Nous achetons de délicieux fruits de la passion dans l’une d’entre elles. Non loin de Playa, des ouvriers mettent la touche finale à un énorme et en apparence très luxueux ecolodge. Le tourisme transforme peu à peu la région.

 

L’économie de Playa, au carrefour de nombreux treks, tourne autour du marcheur gringo. Nous nous arrêtons dans une tienda pour acheter des blancs de poulet, découpés devant nous, ainsi que quelques fruits.

 

Sortis de la ville, nous installons notre tente dans une petite plantation de café. Nous sommes seuls, les sanitaires sont d’une propreté étincelante, et la nuitée est comprise avec la bouteille de bière !

 

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