Croisière dans les Îles Sous-le-Vent, 13 – 26 mai 2017


Treize jours de croisière à la découverte des Îles Sous-le-Vent.

 

13 mai : première promenade en mer (jusque là tout va bien)

Nous sommes impatients de découvrir ce qui nous attend sur un bateau (si on avait su…). Yves est prêt et nous explique tout ce à quoi il faut penser avant de partir : fermer les écoutilles, ranger tous les objets, bloquer les portes…

 

Nous n’avons rien à objecter aux règles à bord.

Un règlement équilibré

 

Le capitaine met finalement le moteur en route, c’est le signal et nos voisins sortent de leur bateau pour larguer les amarres. Benjamin manie la gaffe pour éviter de frotter les autres coques. Il y a de l’excitation dans l’air.

Nous sortons de la marina et Yves nous explique le principe des balises et leurs significations. Il reste concentré à la barre du bateau. Nous sortons de la passe et longeons l’île par le nord pour rejoindre la baie d’Opunohu où nous mouillerons l’ancre pour la nuit avant de partir vers Bora le lendemain. Cette première sortie nous permet de nous « amariner » et de remettre Yves en jambe, car il n’est pas sorti depuis trois mois. Nous sommes très enthousiasmés par cette première traversée. Yves hisse la grand voile à la sortie de la passe et éteint le moteur vers la pointe d’Aroa.

 

Trois heures plus tard, nous arrivons dans la baie qui nous accueillera ce soir. Nous cherchons une bonne place pour “mouiller” l’ancre. Il ne faut pas trop de fond et surtout nous ne voulons pas être trop loin du catamaran de Stéphane, un ami d’Yves que nous retrouverons plus tard pour un café.

 

Nous ouvrons toutes les écoutilles pour faire à nouveau circuler l’air sur le bateau puis mangeons une petite salade de pâtes et des compotes pour le dessert. On se sent bien ce soir.

Vers 16 heures, l’annexe est descendue et Benjamin aide Yves à y placer le moteur. Nous partons avec notre petit canot à moteur rejoindre Stéphane. Autour d’un café nous faisons connaissance avec ce marin qui aime voyager. Comme Yves, il est venu de France, sur une petite version du monocoque d’Yves, une construction amateur du navigateur-aventurier belge Patrick Van God. Il l’a ensuite vendu pour s’acheter un catamaran et faire du charter (emmener les touristes en pensions complètes dans les îles de Polynésie française). Nous partageons notre expérience de voyage au Népal. Stéphane nous rappelle comment faire passer à la douane une marchandise interdite : en la cachant bien en évidence. Stéphane et Benjamin se découvrent une passion commune pour la musique rock indé.

 

Le soleil se couche et nous invitons Stéphane à prendre l’apéro sur Maoro.

 

Pendant que Stéphane nous prépare un petit mélange thon-Saint Mauret (bien connu des collègues de Charlotte), Charlotte s’attèle à la préparation d’un gratin forestier et d’un caviar d’aubergine. Benjamin coupe le saucisson et Yves prépare les ‘ti ponch. Ça y est nous sommes fin prêts pour notre première soirée à bord sous les étoiles !

La conversation glisse toute seule et on se félicite intérieurement d’avoir trouvé en Yves un capitaine si sympa. Stéphane retourne même chercher du fromage pour clôturer en gourmandise cette rencontre. Nous allons au lit assez tard (bien après le coucher du soleil). Yves nous rappelle que nous partons très tôt le lendemain pour faire route vers Bora-Bora. Nous nous couchons dans le mauvais sens de matelas et nous nous laissons bercer par le clapotis de l’eau et le balancement du bateau.

 


14 mai : la houle impitoyable

Levé 6h30, Yves prépare rapidement le café et nous notre petit-déjeuner. Si Charlotte avait su elle n’aurait rien mangé mais comme hier tout s’est bien passé elle s’est crue immunisée contre la houle – grave erreur ! Nous préparons le bateau et Charlotte est autorisée à tenir la barre pour la sortie de la passe. Un vent de liberté souffle.

 

Le bateau passe gracieusement entre la balise rouge et verte, puis nous hissons la grand-voile et le yankee. Les conditions sont loin d’être mauvaises avec un vent grand largue, mais l’infernale houle de sud-est crée un roulis fort désagréable.

 

Charlotte commence à se sentir nauséeuse et rend son petit-déjeuner à la mer. Benjamin ne va pas beaucoup mieux. Charlotte finit par rester greffer à son seau et s’allonge tant bien que mal dans le cockpit. Benjamin arrive tout de même à faire la conversation à Yves et apprendre quelques rudiments de voile pendant cette première journée.

Yves nous épate en allant préparer des galettes de sarrasin en pleine navigation alors que le bateau tangue comme pas possible. Benjamin, dont le ventre ne dit jamais non, arrive même à en manger une. Charlotte n’essaye même pas, elle est au jeûne forcé.

Lorsqu’il commence à pleuvoir il faut bien se décider à rentrer dans le bateau mais l’air est lourd et Charlotte ne se sent pas bien de nouveau. Elle réussit tout de même à s’allonger sur la banquette qu’elle ne quittera que pour rejoindre son lit. Nous qui proposions fièrement à Yves de faire des quarts, n’en menons vraiment pas large et restons échoués telles des baleines dans la cabine.

Heureusement Yves est expérimenté et affronte la nuit de navigation seul, en brave, à une honorable moyenne de 5 nœuds.

 


15 mai : entrée dans le lagon de Bora-Bora

Au petit matin nous longeons Rai’atea qui nous protège un peu du vent, puis nous apercevons enfin Bora. L’arrivée dans le lagon est un véritable soulagement pour nos estomacs. Nous avons le temps d’en prendre plein la vue car il nous faut contourner l’atoll pour aller mouiller. L’eau turquoise est translucide, et les petits motus qui se succèdent forment un ensemble qui fait rêver. L’image de carte postale parfaite.

 

 

Entrés par la passe de Teavanui, nous contournons une bonne partie de Bora pour aller mouiller à l’extrême sud-est du lagon, à Taurere. Charlotte goûte finalement les galettes de sarrasin d’Yves après plus de 24h sans nourriture ! L’après-midi, nous barbotons autour du bateau à la recherche de poissons aventureux. Nous grattons la coque pour la nettoyer : la coque de Maoro, stationné à la marina depuis plus de six mois, est devenu la résidence de nombreux coquillage qui freinent l’écoulement de l’eau. L’hélice moteur est aussi très sale.

 

Première douche dans le cockpit avec une bouteille d’eau percée. Yves, dans une démarche de simplification de son navire, s’est débarrassé du désalinisateur et de la douche, sujets à d’innombrables pannes. On fait bien attention à ne pas gaspiller l’eau sur un bateau. Charlotte s’inquiète un peu de la possibilité de se laver les cheveux.

Pour se remettre de ses émotions, elle prépare une mousse au chocolat pour le dessert. Il faut monter les blancs à la main car le batteur fait sauter les fusibles du bateau… Yves remplit le journal de bord.

 

Benjamin teste la sono avec la collection de CD du capitaine. C’est une belle soirée, nous sommes contents de nous retrouver au mouillage dans des eaux calmes. Nous écoutons le groupe breton dans lequel Yves a joué plus de dix ans.

 


16 mai : dans les eaux de Bora

Nous allons en annexe sur le motu Piti A’au. Yves à souvent observé des raies léopards à ses abords. Il nous fait d’abord remonter un peu contre le courant et cette partie épuise peu à peu Charlotte qui n’est pas une grande nageuse.

 

Après deux heures dans l’eau, Charlotte sort épuisée, mais Yves et Benjamin continuent et croisent finalement les fameuses raies léopard qui ne se déplacent qu’en escadron, trois en l’occurrence. Impressionnant.

Nous remontons sur le bateau pour un lunch rapide avant de reprendre l’annexe pour rejoindre le jardin de corail près du motu Piti U’u Uta. En plein lagon, Charlotte reçoit tout à coup ses Whatsapp, car le réseau WiFi du Sofitel (le seul hôtel sur ce motu privé) est ouvert !

On plonge à la découverte du jardin de corail. Charlotte gagne en assurance avec ses palmes et son tuba. Il y a une plus grande diversité de poissons ici que le matin et sans en connaître les noms nous nous émerveillons tels des enfants.

La nuit tombe vite et on rentre sur la bateau pour la traditionnelle douche à la bouteille percée. C’est l’occasion de remarquer qu’on à pris de sacrées couleurs. Benjamin gagne son surnom d’écrevisse.

 

Le cratère du volcan ne se dévoilera pas ce soir.

Charlotte prépare un risotto aux échalotes, Yves découvre que les échalotes cuites sont comestibles. Sur un bateau on vit au rythme du soleil, et même si les discussions foisonnent entre nous trois, vient l’heure d’aller se coucher.

 


17 mai : baignade avec une raie manta

Nous nous levons tôt pour quitter notre mouillage afin de nous rapprocher de la passe car demain nous partons pour Taha’a.

Réveil difficile

 

Nous jetons l’ancre près du lagoonarium. Une raie manta a ses quartiers dans le coin et il paraît que c’est encore plus beau qu’une raie léopard.

On redescend l’annexe pour trouver le lieu d’observation. L’endroit est facile à repérer, car de nombreux bateaux sont déjà amarrés aux corps morts. Nous devons faire attention pour les rejoindre car de nombreuses patates de corail émaillent les fonds et risquent d’accrocher notre hélice. On accroche l’annexe à une petite bouée, et on se jette à l’eau.

Près des patates les fonds sont assez jolis, et les poissons nombreux. Il est plus difficile de voir quelque chose à mesure que la profondeur augmente. Charlotte repère un groupe de plongeurs et après s’être amusée à rester au dessus d’eux pour percer leur bulles elle retourne observer les poissons de son côté. La raie restant désespérément invisible, Charlotte se dit qu’elle devrait plutôt suivre les plongeurs qui doivent avoir un guide et savoir où aller pour observer ce fameux spécimen… Effectivement, tout à coup tout le monde s’agite et Charlotte voit émerger des profondeurs une énorme raie manta. Après s’être accordé un temps d’observation elle remarque que ni Yves ni Benjamin ne sont là ! Elle sort la tête de l‘eau et les repère assez loin de sa position. Elle met toute son énergie à remonter le courant pour leur dire d’aller voir la raie manta. Nous suivons le poisson pendant quelques mètres… jusqu’à ce qu’un crétin décide de la toucher et qu’elle s’enfuie !

Nous mettons ensuite le cap sur Vaitape.

 

Yves nous emmène découvrir le village qui n’a pas grand intérêt. Il fait très chaud et on repère un snack ouvert. On décide de s’y arrêter pour boire quelque chose. La serveuse est aimable comme une porte de prison mais nous découvrons une sélection de glaces maisons qui nous mettent l’eau à la bouche et il y a du WiFi, une ressource rare en Polynésie… nous commandons trois coupes de glaces, qui se révèlent divines ! Une excellente surprise car nous n’aurions pas parié un copek sur ce snack.

 

Nous retournons sur le bateau après avoir fait quelques achats au Champion, notamment pour nous approvisionner en bières fraîches. Charlotte se met aux fourneaux pour préparer le repas du soir, et un dessert pour le lendemain soir. Il nous faut des forces pour la journée du lendemain, où nous retrouverons la haute mer…

 


18 mai : vue sur Bora

Yves démarre le bateau, nous remontons l’ancre et hissons les voiles. Le moteur ne nous quittera quasiment pas de tout le voyage car il y a très peu de vent.

 

Charlotte s’allonge comme une crêpe et se concentre pour ne pas vomir. Benjamin la rejoint. Décidément les longues traversées sont difficiles pour nous.

 

Le summum de la loose est atteint lorsque les toilettes se bouchent en pleine traversée… L’angle de gîte du bateau a désamorcé la pompe !

Heureusement le capitaine assure comme toujours et reste très calme et concentré sur notre trajectoire. Il nous faudra presque 8h pour entrer dans la passe de Paipai et mouiller l’ancre à côté du motu Tautau.

 

Nous déjeunons malgré l’heure tardive, puis descendons l’annexe pour aller assister au coucher du soleil sur la pointe du motu Tutae. Benjamin se blesse sur la plage de corail, malgré les avertissements d’Yves. Pour la première fois nous voyons le volcan de Bora sans sa couronne de nuage. C’est magique. Après une petite séance photo nous remontons sur notre bateau.

 

Le soir, Charlotte se lave les cheveux, aidée par le capitaine.

 

Puis elle se fait massacrer aux dames chinoises, toujours par le capitaine.

Comme repas du soir, nous nous contentons de fruits et du gâteau sans cuisson ultra-calorique concocté par Charlotte.

 


19 mai : le jardin de corail de Taha’a

Nous prenons tubas, masques et palmes et accostons sur la même petite plage qu’hier. Nous marchons vers la petite pointe du motu où il y a déjà pas mal de groupes prêts à entrer dans l’eau. Nous en laissons partir un, puis nous nous immergeons. Ici il y a très peu de profondeur, à peine 50 cm à certains endroits. Nous suivons Yves qui connaît bien les lieux. Il suffit d’enfiler ses claquettes pour se protéger les mains et se laisser porter par le courant qui ramène inexorablement dans le lagon.

Le corail est impressionnant de diversité et de couleurs, chaque poisson semble différent et représenter une espèce à lui tout seul. Yves avait pensé à prendre un Tupperware avec du pain de mie et lorsque nous ouvrons la petite boîte sous l’eau, c’est l’émerveillement. Des dizaines de poissons viennent nous voir et gravitent autour de nous.

 

C’est un vrai bonheur de dériver dans ce jardin de corail, seul hic, les guides de groupes 3ème âge qui se croient tout permis et n’hésitent pas à pousser les indésirables – nous. Benjamin mitraille avec l’appareil submersible d’Yves, mais les photos ne sont pas terribles…

 

Nous retournons sur le voilier avec des étoiles plein les yeux, encore éblouis par ce petit séjour juste sous la surface de l’eau. Nous levons l’ancre vers midi pour aller sur Ra’iatea. Il y a très peu de vent et dépité, Yves finit par rallumer le moteur. Au moins la houle est-elle calme. Nous sommes toujours incapables de faire quoi que ce soit, mais nos estomacs restent sages. L’arrivée est comme toujours un soulagement, nous mouillons à côté d’un tout petit motu. L’apéro est propice aux discussions entre Yves et Benjamin, qui ne tarissent jamais.

 


20 mai : Uturoa

Nous nous levons tôt pour aller visiter Uturoa. La ville n’est pas très jolie mais plutôt grande. Nous allons au marché, mais il est un peu tard pour les polynésiens (ici le marché commence à 4h du matin, à 8h il n’y a déjà plus grand monde !). Yves a ses adresses pour les perles de Tahiti et nous l’accompagnons par curiosité. Nous repérons quelques bijoux à prix abordables. Nous faisons quelques emplettes dans le reste de la ville (carte postale et produits frais), avant de remonter sur notre voilier.

 

Aujourd’hui grosse traversée, car nous devons arriver sur Huanine. Il nous faut plus de sept heures pour effectuer le voyage. Il y a très peu de vent et cette fois encore le moteur nous est d’un grand secours. Notre embarcation est ballottée et gîte énormément, Charlotte a appris de ses erreurs et se retient d’aller aux toilettes.

Le visage de la femme enceinte

 

Nous arrivons épuisés et un peu démoralisés par notre faible moyenne. Il y a pas mal de monde au mouillage, car la ville est toute proche. Elle semble plus charmante que ce que nous avons pu voir jusqu’à présent, nous irons la découvrir demain matin.

 


21 mai : Fare

Nous voulons arriver tôt pour voir le marché mais une fois encore à 8h il n’y a plus personne…  Nous croisons un groupe de Polynésiens qui semblent vouloir en venir aux mains, leur indolence bagarreuse nous fait bien rire. Décidément il y a vraiment un rythme différent ici…

 

Fare se révèle plus mignonne que les autres villes visitées, même si il n’y a pas grand chose à voir.

 

Nous empruntons la plage pour longer sur quelques centaines de mètres la baie de Cook.

 

L’après midi nous allons non loin de la barrière de corail pour voir les poissons. Charlotte perd toute confiance lorsque Benjamin lui demande, toujours très placide, si elle a vu le requin qui vient de la suivre… Elle décide qu’elle a vu assez de poissons pour la journée, et qu’il est temps de remonter dans l’annexe.

Même si les requins à pointe noire ne sont pas réputés dangereux, nous ne sommes plus très à l’aise de savoir qu’ils tournent autour de nous… tels des requins. Ils rodent près des récifs à l’affût des débris de poisson laissés par les pêcheurs.

 


22 mai : Huahine l’authentique

Nous hissons la grande voile et mettons le cap sur la baie de Maroe, de l’autre côté de Huanine. Nous mouillons notre ancre dans un endroit absolument paradisiaque à côté du motu Murimahora. Ce grand motu est parsemé de maisons individuelles, il est cependant réservé à l’agriculture et il est interdit d’y construire des hôtels ou des pensions.

 

Nous accostons au ponton le plus proche et faisons la connaissance de Will et Nadine (après celle de leurs chiens).

Comité d’accueil

 

Ils nous autorisent à traverser leur propriété pour passer de l’autre côté du motu. Nous marchons sur la barrière de corail et Charlotte ramasse quelques coraux pour l’école.

 

À notre retour Charlotte s’offre une séance câlins de chiots avant de rejoindre Yves et nos nouveaux amis Will et Nadine. Nadine a tout laissé tomber en France pour venir s’installer en Polynésie. Ils ont une petite agence de tours en bateau, Huanine tour. Will prend sa machette et nous décroche quelques noix de coco pour l’apéro. Nous les invitons à prendre l’apéro -alcoolisé celui-là- le lendemain soir, mais ils ne seront pas là. Ce n’est que partie remise et Yves reviendra leur rendre visite.

 


23 mai : les perles de la croisière

Nous trainassons ce matin dans le bateau, chacun vaque à ses occupations. Benjamin dévore Pour l’Aventure, le livre de Patrick Van God sur sa croisière en Antarctique en Trismus. Un pur bouquin d’aventurier.

Nous partons seulement en début d’après-midi mouiller plus au nord pour nous rapprocher du village de Faie. Yves hésite à tirer tout droit à travers le lagon ou ressortir pour rerentrer par la passe de Te Ave Tiare. En théorie ça passe, surtout avec le faible tirant d’eau de Maoro (il a été spécialement conçu pour cela par son créateur), mais Yves choisit d’être prudent. Quarante minutes plus tard, nous mouillons l’ancre à côté du motu Mahara.

 

Nous prenons l’annexe pour débarquer à terre et marchons le long de la route et des cocotiers. Nous croisons deux vestiges de la France d’antan : un bus à plate-forme, et une cabine France Télécom.

Nous nous dirigeons vers la rivière des anguilles sacrées aux yeux bleues. Tout le monde vient les nourrir et on est donc assez impressionnés par leur taille : elles ressemblent plus à des murènes qu’à des anguilles ! Les chiens du village se chamaillent et nous faisons attention à nos mollets sur le chemin du retour.

 

Nous reprenons l’annexe pour aller voir une ferme perlière en plein milieu de lagon. Nous sommes accueillis par une charmante jeune femme qui nous explique comment fonctionne l’exploitation.

Les huîtres sont d’abord sélectionnées pour la beauté de leur nacre, et on prélève des greffons à partir de leur manteau (la partie reproductrice qui fabrique la nacre). Les huîtres porteuses sont ensuite incisées et on leur implante un nucleus artificiel ainsi qu’un morceau de greffon, le tout en moins d’une minute trente. Si l’opération est trop longue, l’huître stressée rejettera le greffon. Les huîtres fabriquent ensuite de la nacre pendant environ 18 mois avant que la perle ne soit récupérée. Dès qu’une perle est enlevée de son huître, le greffeur réimplante un nucleus un peu plus gros pour espérer obtenir une perle plus grande au prochain cycle. Le taux de réussite est très faible (de l’ordre de 50%) et diminue avec le nombre de greffes. On comprend donc le prix des grosses perles : elles sont extrêmement rares. Nous restons longtemps à discuter et à contempler les perles en essayant de deviner les critères de qualité. Charlotte récupère de la nacre et des nuclei pour l’école, elle est ravie.

 

C’est notre dernière soirée dans les Îles Sous-le-Vent et sur la très sauvage Huahine.

 


24 mai : Retour sur la terre ferme

L’heure du retour a sonné, nous appréhendons car nous savons maintenant à quoi nous attendre : ce trajet risque d’être aussi pénible que le premier. Nous aidons Yves au maximum, histoire de nous sentir un peu utiles avant la phase “grosse baleine échouée”. Nous arrimons tout dans la cabine, Yves vérifie le bras du pilote automatique, et Benjamin prépare la ligne. C’est aujourd’hui notre dernière chance d’attraper un poisson. Nous n’avons pas mangé un seul produit de la mer lors de cette traversée !!

Il nous faut combattre le courant rentrant dans la passe, la houle est très forte, Yves est tendu mais Benjamin s’en sort bien à la barre. Nous sommes à peine partis que Charlotte se fait arrosée par une énorme vague. Cela pourrait être juste drôle, mais le mal de mer survient à peine quelques minutes plus tard et elle doit donc se déshabiller en vitesse avant d’aller s’allonger dans la cabine. Une des règles élémentaires de la vie sur un bateau étant de ne jamais apporter de sel à l’intérieur.

Traversée tranquille

 

Elle comate pendant tout le trajet entendant Yves et Benjamin qui discutent. Ce dernier se sent mieux et arrive même à se faire de la polenta dans la cuisine, alors que les déplacements sont rendus très difficiles par la houle de sud-est. Nous remontons au près avec une vitesse plutôt bonne. Yves recherche en permanence le compromis optimal entre notre cap et la meilleure allure.

 

À cause de l’angle de gîte, personne ne peut utiliser les toilettes et il faut donc faire dans un seau dans le cockpit… Charlotte est ravie ! L’entreprise n’est pas simple et elle regrette vraiment d’avoir oublié son GoGirl à Paris ! Benjamin quant à lui ne parvient pas à uriner, son système nerveux sympathique est totalement bloqué.

Seul Yves reste égal à lui même, totalement impassible aux événements extérieurs à la conduite du bateau.

 


25 mai : retour sur la terre ferme

Nous arrivons un peu trop au sud de Moorea et Yves décide donc que nous irons nous amarrer à la marina de Vai’are plutôt que d’aller mouiller à la baie d’Opunohu. On le soupçonne de vouloir retrouver les copains, car Stéphane est rentré à la marina.

 

Le contournement de l’île est interminable. À notre entrée dans le port, les voisins sont là pour nous aider à amarrer le voilier comme il faut. On passe ensuite le jet d’eau sur tout le pont pour rincer le sel. Après une douche brûlante, nous lançons une machine pour laver nos vêtements qui en ont bien besoin… Nous laissons Yves se reposer et allons manger une énorme pizza près de la marina.

 

De retour à la marina, Benjamin croise Stéphane qui lui montre le bateau avec lequel il est parti de Normandie, le Trismus 32′. C’est le petit-frère du Trismus de 37 pieds conçu par Patrick Van God pour son aventure en antarctique. Stéphane l’a revendu à son arrivée en Polynésie française, mais son nouveau propriétaire n’a pas persévéré, et le petit monocoque est maintenant à l’abandon dans la marina, triste destin.

Benjamin part acheter une bouteille de rosé pour le repas du soir, et nous essayons de contacter Coco, car nous aimerions bien les revoir avant de partir mais elle est sur Papeete avec Kamalani qui s’envole pour la France.

Le soir, Stéphane et Benjamin reprennent leur conversation musicale là où ils l’ont laissée. Stéphane est fan du concert de Arcade Fire au Madison Square Garden en 2010, filmé par Terry Gilliam et diffusé en direct. Nous étions en gradin.

Nous passons une soirée délicieuse ponctuée par les anecdotes de voyage de Stéphane et les nôtres, ainsi évidemment que le récit de notre découverte du monde marin.

 


26 mai : Tahiti Nui

C’est notre dernière matinée avec Yves, nous rangeons et nettoyons au mieux le bateau pour le préparer pour sa femme qui vient le rejoindre aujourd’hui. Benjamin profite de la trousse à outil de Yves pour redresser les pattes de notre brûleur de poche qui avait provoqué une grave crise en Australie.

 

Après avoir mis les derniers draps à sécher sur le pont, nous allons au ferry. Benjamin et Yves reste sur le pont pour se prendre le vent dans la figure.

 

Sur le quai, c’est une nouvelle rencontre qui nous attend, car nous allons passer les quelques jours qui nous séparent de notre vol pour l’Île de Pâques chez Mélanie, la fille d’une collègue de travail de Charlotte. Elle nous attend à la sortie du ferry, et nous disons donc au revoir avec un petit pincement au cœur à Yves, qui s’est si bien occupé de nous durant ces deux semaines.

Longue vie à Yves et Maoro !

 

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