Bako National Park, 26 – 28 février 2017


Aventures dans la forêt vierge de Bornéo.

 

Nous atterrissons à Kuching, capitale et plus grande ville de l’État de Sarawak, dans la partie malaisienne de Bornéo. Nous nous sommes décidés pour Bornéo au dernier moment, et n’avons pas d’idées précises pour un itinéraire. L’île est en fait partagée entre trois pays : La Malaisie forme une bande sur la face nord-ouest, le sultanat de Brunéi y est enclavé au nord. Le reste -et la plus grosse partie- de l’île, le Kalimantan, est sous contrôle indonésien.

Nous espérons voir des orang-outangs, nous immerger dans la jungle et visiter les habitats traditionnels, les longhouses. Et surtout, éviter les plantations de palmiers à perte de vue et les malls, spécialités de la Malaisie péninsulaire. Nous pensons ensuite passer dans la partie indonésienne de l’île qui est très peu touristique, et de là, rejoindre Java ou Bali.

Il est 21h30 et nous profitons du WiFi de l’aéroport pour commander un Uber. Le conducteur est très sympathique et nous prévient que les taxis à Bornéo sont des voleurs. Il se marie en juillet prochain et a réservé un tour d’Europe tout inclus en 45 jours pour son voyage de noce. Il appelle la propriétaire de notre guesthouse pour qu’elle vienne nous ouvrir. L’auberge est charmante, avec une vraie atmosphère, mais malheureusement notre fenêtre donne sur une rue bruyante et Benjamin passe une mauvaise nuit.

Au matin, nous allons acheter des provisions pour notre séjour au parc national de Bako car la nourriture y est réputée chère et infecte.

Feux d’artifice chinois

 

Nous trouvons aussi les chaussettes anti-sangsues qui calment les angoisses de Charlotte. Chargés comme des mules, nous attrapons le bus de 13h qui nous dépose une heure plus tard à l’embarcadère pour le parc. L’entrée officielle se fait par un petit trajet en bateau sur la mer de Chine méridionale.

Nous achetons notre ticket au tarif touristique (20 RM/pers. pour le parc, et 20 RM/pers/trajet. pour le bateau partagé). Il nous faut attendre d’autres visiteurs, et Benjamin fait une décompensation en ne supportant pas d’être de retour dans un circuit touristique. Cinq minutes plus tard, le batelier nous appelle et nous partons seuls, faute de touristes

 

Après avoir débarqué, nous allons tout de suite inspecter le campsite.

 

Il est à l’abandon, mais les sanitaires fonctionnent et sont poussiéreux mais propres (car personne ne les utilise). Nous ne pouvons pas laisser notre tente sans surveillance à cause des macaques maraudeurs, et allons donc nous enregistrer au headquarters (5 RM/pers.). Sur la carte qui nous est remise, la moitié Est du parc est indiquée comme « fermée », pour maintenance nous dit la ranger. Deuxième décompensation pour Benjamin. La troisième intervient lorsqu’elle nous rappelle que nous devons nous enregistrer avant chaque départ de randonnée. Nous partons sans nous enregistrer pour calmer les nerfs de Benjamin, sur une petite ballade vers la plus proche plage, Teluk Paku. Le sentier traverse une zone avec une importante concentration de singes nasiques (les singes Long-nez, appelés ainsi à cause de leur long nez, ou proboscis ; ils sont endémiques de Bornéo). Nous n’en voyons aucun, et la plage est sans intérêt et sale.

 

Benjamin n’est pas loin de sa quatrième décompensation, quand sur le chemin du retour, nous entendons des bruits bizarres qui ne peuvent provenir que de singes nasiques. Cela ressemble à un grommellement de papy pas content. Nous restons 30 minutes à observer nos lointains cousins se nourrir dans les arbres. Faute de matériel adapté, nos photos sont assez moyennes.

 

Revigorés par cette rencontre, nous voulons aller voir le coucher de soleil sur la plage Teluk Pandan Besar. Le soleil se couche tard à Bornéo (19h00), et nous arrivons juste à temps au point de vue, mais repartons rapidement au pas de course car Charlotte commence à stresser.

 

Le retour dans la pénombre éclairé par la torche est périlleux, nous rejoignons le campement vers 20h. Nous nous offrons un soda à la cafétéria peu engageante. Personne n’a remarqué notre absence (il est demandé aux touristes de rentrer avant 18h).

Nous choisissons soigneusement notre emplacement sur le campsite car nous préssentons de gros orages malgré un beau ciel étoilé. La météo à Bornéo est imprévisible. Nous parvenons à allumer un feu facilement malgré l’humidité du bois, et sommes rejoints par deux françaises qui viennent s’agglutiner juste à côté de nous. Instinct grégaire. Nous rangeons nos affaires et la nourriture sous un abri inaccessible aux macaques et allons nous coucher. Benjamin ne parvient pas à s’endormir à cause de la chaleur. Vers 4h du matin, un orage éclate et une pluie torrentielle s’abat sur nous. La tente se comporte assez bien mais nous finissons par prendre l’eau par le sol, qui ne peut absorber ce volume de précipitation.

Pluie torrentielle sur Bako

 

Nous patientons en attendant une accalmie qui arrive vers 9h. Nous nous extirpons de la tente pour la faire sécher (plus rigoureusement, l’égoutter car rien ne sèche avec un tel taux d’humidité). Nous déposons nos sacs aux HQs et achetons (il n’y a pas de petit profits pour le parc) de l’eau chaude 0.5 RM pour préparer un café. Nous n’avons même pas tenté d’allumer un feu vu l’humidité ambiante. Il est 10h10 lorsque nous finissons par nous mettre en route. Nous souhaitons marcher jusqu’à Tajor Waterfall, à 2h30 de marche. Nous atteignons les petites cascades peu après midi et se croyant seul, Benjamin se baigne à poil.

 

À peine trois minutes après, un marcheur solitaire apparaît. Il n’est pas loquace mais nous offre deux morceaux d’une énorme papaye juteuse et sucrée. L’homme est français et a déjà passé plus d’un mois et demie en Asie du Sud-Est. Nous lui faisons part de notre envie de pousser un peu plus loin dans la partie du parc fermée au public.

Nous allons d’abord admirer la plage Teluk Tanjor. Les marées ici sont impressionnantes. À marée basse, l’eau se retire complètement. Nous discutons un peu plus avec le Français qui souhaite profiter de la marée pour revenir un peu par la plage. Nous lui faisons part de notre lassitude après six mois de voyage, il nous assure avoir éprouvé sentiment similaire lors de ses voyages au long cours.

 

Nous prenons finalement congé et arrivons rapidement à une pancarte barrant solennellement le chemin en annonçant « la fin des activités de trek ».

 

Quelle meilleure invitation à y aller ? Charlotte se laisse convaincre car le chemin et le marquage restent inchangés. Nous arrivons à une bifurcation permettant soit d’aller voir les plages, dont Teluk Sibur, la plus longue du parc, soit revenir aux headquarters par une grande boucle de 4,6 km à travers la jungle. Nous choisissons la deuxième option.

Au début tout va bien, le marquage est toujours aussi clair et malgré quelques inondations, la progression est rapide. Une section particulièrement abrupte et sauvage instille un léger doute, rapidement dissipé lorsque nous croisons un panneau indiquant que nous sommes sur le bon chemin.

 

Le marquage change alors, de couleur mais aussi de fréquence. Après seulement 500 mètres, nous nous retrouvons bloqués, sans chemin évident, et sans marquage visible. Un énorme arbre tombé nous barre la route, et derrière lui, une véritable piscine impraticable. De part et d’autre, la jungle a repris ses droits. Nous tentons de faire quelques points GPS dans l’espoir de retrouver la trace mais il est très difficile de se déplacer dans la végétation. Des ronciers aux épines extrêmement fines s’accroche à nos vêtements, notre peau, et notre sac. Benjamin achève de déchirer son t-shirt en merino et se plante plusieurs échardes dans les mains en tentant de pousser plus loin avec l’énergie du désespoir.

Il nous faut nous rendre à la douloureuse évidence : nous sommes bloqués. Après un petit accès de panique, nous examinons nos options. Il ne reste que deux kilomètres avant la jonction avec un sentier ouvert au public, mais sans machette nous n’y arriverons pas. Il n’y a d’autres solutions que de faire demi-tour par un chemin que nous savons praticable car il nous a mené jusqu’ici. Nous avons exactement 2h30 avant le coucher du soleil, c’est suffisant pour au moins retourner sur un sentier officiel. Nous avons de l’eau, de la nourriture, et même grand luxe, des imperméables. Au pire, nous survivrons à une nuit au bord des cascades.

Nous nous mettons en route à 16h25, Charlotte retrouve le moral lorsqu’elle se rend compte qu’il est bien plus facile de remonter que de descendre. Nous atteignons les chutes à 17h50, nous offrons une petite pause abricot sec avant de repartir de plus belle.

Début du soulagement

 

Nous avons un peu moins d’une heure pour revenir au campement, il va falloir cravacher. La peur du noir donne des ailes et Charlotte court tel un cabri. Sur le chemin, Benjamin arrache quelques photos du beau crépuscule.

 

Nous sommes de retour à 19h30 au campement, sans même avoir eu à sortir la lampe torche.

 

Beaucoup de regards scrutateurs à notre arrivée : les rangers, manifestement plus zélés qu’hier, étaient très inquiets en voyant deux sacs non réclamés dans le vestiaire. Benjamin se fait gentiment morigéné pour ne pas nous avoir inscrit sur le registre de sortie, mais les braves gardiens sont plus soulagés qu’en colère. Vu notre état (les jambes de Benjamin sont très abîmées), ils se doutent pourtant bien que nous avons fait une imprudence.

Nous prenons une douche bien méritée et plantons la tente dans le camping désert. La même douche s’abat sur notre tente au milieu de la nuit. Nous plions bagage à 9h, après avoir enfilé les derniers vêtements « secs » qu’ils nous restent. Nous attrapons le bateau de 9h30 qui nous ramène à Bako Village. Ayant raté le bus, nous rentrons en stop dans le SUV d’un japonais ingénieur agronome qui travaille à l’amélioration des élevages de crevettes. Son passager est malais, mais nous ne comprenons pas si c’est son ami. Ils nous déposent dans la partie sud de la ville, (la partie chinoise). Nous cherchons ensuite un hôtel pour nous reposer et trouvons l’offre parfaite au Check In Lodge.

Nous passons ensuite le reste de l’après midi à nous reposer et à faire une lessive (plus que nécessaire). Et il nous faudra encore la journée du lendemain pour finir de nous requinquer…

 

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