De Cardrona à Takaka, 23 – 27 avril 2017


The hitchiker’s luck nous permet de remonter l’île du Sud en cinq jours intenses en rencontres humaines à travers les paysages exceptionnels de la région West Coast.

 

23 – 24 avril : la chance de l’auto-stoppeur I

 

Après une bonne nuit de sommeil au chaud et au sec, nous allons tester les pies du coin, qui ont gagné un concours local. Benjamin se régale et en prend deux, avant de finir par un shortbread !

 

Nous mettons plus d’une heure trente à quitter Te Anau. Il nous faut d’abord sortir complètement de la ville afin de dépasser un groupe de trois stoppeurs amateurs (lourdement chargés et pas très nets, nous leur souhaitons tout de même bonne chance), puis une stoppeuse solitaire nous pique une voiture (concurrence déloyale).

Nous attendons très longtemps avant qu’un sympathique jeune homme nous dépose à Mossburn où nous sommes immédiatement pris par un couple de jeunes indiens, Viktor et Tenvi, installés depuis peu en Nouvelle-Zélande et ayant vécu quelques années en Tasmanie. L’homme est encore un Penjabi !! Nous découvrons avec eux l’approche de Queenstown par la partie sud du lac Wakapitu, absolument magnifique.

 

Nous ne voulons pas passer la nuit à Queenstown et descendons à la jonction pour Arrowtown, avec comme projet de passer la nuit à Cromwell. Un jeune homme dans une belle vieille Jeep nous avance sur la Gibbston Highway puis Charlotte arrête une dame qui se dirige vers une route de montagne. Elle nous propose de planter notre tente dans son jardin, à quelques kilomètres. Sur le chemin, elle nous arrête à un point de vue d’où nous admirons la Terre du Milieu.

 

Elle s’appelle Shanti et son enthousiasme est sidérant. Elle nous chante les louanges de son pays, et nous explique que ses quatre enfants qui sont de grands voyageurs l’ont incitée à prendre des auto-stoppeurs. Nous déposons des courses chez son voisin, puis elle se rend compte qu’il n’y a pas d’herbe dans son jardin. Elle nous propose de dormir sur un matelas dans la chambre de sa fille, Abi. Elles habitent toutes deux dans une maison temporaire en attendant la construction de leur propre maison sur le terrain. Il y a tout le confort, ce qui n’incite pas à avancer le chantier.

Elle nous emmène ensuite au pub de Cardrona, une institution : c’est le plus haut pub de Nouvelle-Zélande et l’un des plus vieux. L’ambiance est fantastique, nous commandons deux pressions.

 

Alors qu’il fait quelques photos, Benjamin est interpellé par une joyeuse tablée. C’est un groupe de sexagénaires qui fait un tour offroad de l’île sud. C’est leur avant-dernier jour en 4×4 et ils retournent le lendemain à Queenstown prendre l’avion pour Auckland. Nous mangeons avec eux (Benjamin est un peu déçu par son burger venaison) et récupérons beaucoup de contacts lorsque nous passerons sur l’île nord.

 

Nous rentrons tard et faisons connaissance avec Abi, la fille de Shanti. Nous parlons voyage, elle voudrait prendre le transsibérien jusqu’en Mongolie.

 


Le lendemain, nous préparons le petit-déjeuner et Shanti nous fait découvrir les feijoas, sorte de kiwi du pauvre. Nous discutons beaucoup de voyage, de l’Inde, écoutons Bruce Springsteen. Le mari de Shanti est médecin et travaille deux semaines par mois en Australie. Shanti se fait appeler Shanti depuis son séjour dans un ashram en Inde, qui l’a bouleversée spirituellement. Elle nous suggère de rester encore une nuit pour aller tranquillement voir le lac Wanaka. Nous avons peine à réaliser la chance que nous avons de l’avoir rencontrée. La chance de l’auto-stoppeur, the hitchiker’s luck.

Après avoir trainassé un peu plus, nous descendons au pub pour trouver une voiture allant à Wanaka. Benjamin s’enfile un paquet de shortbreads aux pépites de chocolat sur le chemin, et a encore faim. Une famille néo-zélandaise en vacances nous prend et nous dépose à la plage. Benjamin part chercher à boire au supermarché tandis que Charlotte fait la sieste. Décidément en manque de glucose, et en l’absence de shortbreads, Benjamin achète un paquet de cookies trop sucré qui l’achève.

 

Nous passons voir ensuite les chaussures de rando, mais les meilleurs modèles, européens, sont hors de prix. Nous décidons de continuer avec nos godillots, qui ont sale allure. Benjamin n’a plus de semelle et les coutures de Charlotte cèdent. Nos chaussures sont devenus très respirantes… Dans le magasin, un va-nu-pied tatoué et sale comme un poux s’achète un nouveau sac.

En nous baladant le long du lac, nous croisons Viktor et Tenvi, nos conducteurs d’hier, le monde est petit. Nous nous offrons une glace et achetons une bouteille de Sauvignon blanc pour Shanti.

 

Nous retournons à Cardrona dans la voiture d’un pur Néo-Zélandais. Récemment rentré d’Australie, il se plaint de ce que Queenstown est devenu : trendy et hors de prix. Il prépare un tour du monde à la voile.

Le soir, nous regardons Fury, avec Brad Pitt, et mangeons un délicieux assortiment de poivrons, pommes de terre, et patates douces cuit au four par Shanti, agrémenté d’une escalope de poulet pour Benjamin.

Le chat de Shanti

 


25 avril : en route pour la côte Ouest

Le lendemain, les filles vont à Wanaka et nous les croisons sur leur retour alors que nous descendons vers le pub.

 

C’est un couple de Hong-Kong qui s’arrête pour nous et nous dépose à Wanaka. Nous sommes leurs premiers stoppeurs, et avons droit au selfie. Après une petite collation dans un café, nous sommes pris par un couple d’allemand jusqu’à Lake Hawea.

 

Peu de voitures continue sur la SH6, et nous attendons une demi-heure avant qu’un Land Cruiser ne s’arrête pour déposer deux stoppeuses, dont nous prenons les places. Le groupe est allemand et remonte jusqu’à Nelson. Ils sont six et ont une caravane tractée par une autre voiture devant. Ça fume beaucoup, et pas que des cigarettes. Nos rudiments d’allemand ne nous permettent pas de suivre les conversations entre les deux Alexander et Fabio. Morritz, le conducteur et chef du groupe, est parti en Nouvelle-Zélande pour trouver sa voie. Il ne semble pas l’avoir trouvée, mais il continue de chercher. Nous remontons la Haast Pass Highway en leur compagnie, et nous arrêtons à un beau point de vue sur la partie septentrionale du lac Wanaka, puis allons voir les Blue Pools.

 

Nous dépassons le glacier Franz Josef avec un petit pincement, mais nous n’avons simplement pas le temps de nous y arrêter. La nuit tombe et il nous reste encore plus de 200 km sur la Harihari Highway. Nous nous arrêtons faire le plein d’eau et pressentant que nous n’aurons pas le temps de cuisiner, nous achetons pain, humus, et pastrami.

À une vingtaine de kilomètres du campsite du lac Mahinapuha, le GPL du Land Cruiser est épuisé et Morritz bascule sur le réservoir à essence, sans succès ; la voiture s’arrête et il est impossible de redémarrer. Le démarreur tourne dans le vide, comme s’il n’y avait pas d’essence. Nous passons un coup de fil au groupe de tête qui revient nous chercher. Affamés, nos compagnons vident trois fonds de sauce dans une casserole de riz froid et dévorent le tout sous les yeux effarés de Charlotte. Nous prenons place dans la caravane, Morritz s’excuse du désordre, ils sont en train de ranger… C’est un boxon indicible.

 

Nous plantons la tente à 22h30, et nous endormons rapidement.

 


26 avril : cours de photo paysagiste

Au petit matin, le temps est mitigé mais nous profitons de la belle vue sur le lac en prenant le petit déjeuner. La warden passe récolter les sous et ne s’offusque pas que nous n’ayons pas payé, car nous n’avions pas la monnaie. Elle nous conseille de ne pas trop tarder pour profiter du trafic qui se dirige au nord.

 

Nous rejoignons la route par un petit chemin, déposons les sacs dans un bar, et allons voir la plage qui s’étend sur des kilomètres.

 

Nous tendons le pouce mais les quelques voitures ne ralentissent même pas. Finalement, un van Juicy s’arrête, à notre grande stupéfaction car les touristes ne prennent généralement pas les stoppeurs. Mike et Vicky sont deux canadiens de Toronto en voyage autour du monde. Mike ayant de la famille aux Philippines, ils y sont passés et ont eu un parcours un peu erratique jusqu’ici. Vicky est originaire de Taïwan. Ils sont tous les deux très peu emballés à l’idée de retourner au Canada, qu’ils ne semblent pas beaucoup apprécier.

 

Nous faisons avec eux quelques courses au Countdown de Greymouth puis nous nous arrêtons aux falaises de Punakaiki. Mike nous prend en photo, et on remarque son cadrage parfait, comparé à la réciproque de Benjamin…

 

Mike est en effet photographe et il est en mode repérage (scouting) dans cet  endroit très photogénique. Il est seulement 17h30 lorsqu’il installe son tripode pour attendre le coucher de soleil, car une bonne photo, c’est avant tout un bon emplacement, et le lieu attire du monde. Pendant ce temps, nous allons avec Vicky inspecter le camping du Punakaiki Beach Club. Benjamin est un peu réticent à la vue d’un car, mais nous sommes contents de passer la soirée avec Mike et Vicky.

Benjamin retourne avec Vicky retrouver Mike au soleil couchant. Il est entouré de plusieurs asiatiques qui tente d’imiter son cliché. Benjamin a droit à un petit cours sur le bracketing, et le bon usage des longues expositions et des filtres. Mike est spécialisé dans la photographie des aliments, mais il touche sa bille en paysage aussi (son site).

 

Le résultat est pas mal.

New Zealand has definitely taught me alot about myself as a landscape photographer. This country has tested my limits and capabilities; patience and my ability to roll with its ever changing weather. One thing I always keep in mind is that there is no “ideal” moment in time where you’re given the most perfect conditions and lighting to shoot, it’s what you can create during that moment. Punakaiki was a beautiful surprise: The scenery was magnificent. I had dragged Vicki and two hitchhikers, @durocketdescarottes , to this spot early so I could do some scouting. I was a few hours early but as they say, the early bird gets the worm. . . . . . #newzealand #purenewzealand #chasingsunsets #punakaiki

Une publication partagée par Michael Angelo Gozum (@michaelgozum.photo) le


Nous mangeons ensemble à la cuisine du camping. Charlotte fait des pâtes poulet-bacon-champignons-courgettes pour quatre, et nos deux amis sont bouche-bée de voir Benjamin tout finir, avant de faire un sort à leur soupe philippine préparée par Mike. Benjamin est ensuite invité pour un after dans leur van mais Charlotte fatiguée préfère aller se coucher.

 


27 avril : la chance de l’auto-stoppeur II

Le lendemain, nous prenons le petit-déjeuner ensemble et nous nous disons au revoir. Nous marchons un peu sur la plage, très belle, avant de reprendre le stop.

 

C’est un barbu avec un accent incompréhensible qui nous fait remonter la magnifique côte jusqu’à la jonction pour Westport, où attendent déjà deux autres auto-stoppeurs. Notre conducteur nous dit qu’il pourra nous avancer au cas où nous serions encore là à son retour dans une heure.

Après quinze minutes, nos deux compétiteurs embarquent tout leur barda dans une minuscule voiture avant qu’une petite voiture rouge ne s’arrête pour nous. Karen rentre chez elle après un week-end passé sur la côte avec ses amis. Nous dépassons les deux auto-stoppeurs à la jonction de Reefton puis Karen doit nous lâcher pour aller rendre une visite surprise à une amie. L’endroit est périlleux pour le stop, nous marchons le long de la route en croisant des poids-lourds descendant à fond les ballons, jusqu’à trouver un petit terre-plein où les voitures pourront s’arrêter.

L’affaire nous semble bien compromise jusqu’à ce que cinq minutes plus tard, une petite voiture rouge s’arrête. C’est Karen dont l’amie était absente. La chance nous sourit. Nous passons Murchison et décidons de faire route avec elle jusqu’à Takaka d’où nous pourrons commencer le Abel Tasman Great Walk dans le sens nord-sud. Une nouvelle fois, nous avons une chance insolente.

Benjamin  et Karen ont une discussion houleuse sur l’opportunité des récentes restrictions au freedom camping. Comme beaucoup de Kiwis, Karen est choquée par le comportement de certains touristes en van qui défèquent n’importe où. Benjamin défend l’intérêt du marcheur itinérant, qui malgré son comportement responsable dans la nature voit sa liberté bridée.

Takaka est une ville fantôme, mais nous trouvons une nouvelle bombonne de gaz dans un hardware store qui rouvre pour nous, faisons quelques courses au Countdown puis allons manger un bon steak dans un sympathique pub. C’est un endroit de qualité, le barman est soulagé de nous voir commander saignant (rare). Nous réservons efficacement nos emplacements dans les campsites en tenant compte des marées pour la traversée de l’estuaire d’Awaroa.

Benjamin a obtenu de Granite Gear le remplacement de son sac dont une épaulière s’arrache inexorablement, il devrait être livré à Auckland à temps pour notre départ à Tahiti.

Il commande un énorme gâteau au chocolat avec chantilly et crème glacée caramel au beurre salé qu’il ne rechigne pas à partager étant donné la grosseur de la bête. Tous les hôtels étant hors de prix, nous nous dirigeons vers le holiday park de la ville qui n’est pas si pire.

 

La route est longue...

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