Santiago du Chili et Valparaiso, 5 – 10 juin 2017


La grisaille de Santiago, la flamboyance de Valparaiso.

 

Charlotte retrouve avec plaisir le 787 de LAN Chile et son vrai service de bord.

À l’aéroport, elle nous réserve un appartement à Santiago. Nous retrouvons un des huluberlus grimpeurs de moaï à qui nous proposons de partager un taxi, mais l’homme est en correspondance et passera donc la nuit à l’aéroport. Un jeune marathonien de Pâques met en garde Benjamin contre la malhonnêteté des taxis, et l’avertit qu’Uber est illégal ici. Nous en commandons un tout de même. Il faut l’attendre dehors, hors de portée du réseau WiFi de l’aéroport, ce qui n’est pas très pratique pour vérifier sa progression. Finalement, nous partageons celui de Sebastian, un danois qui se rend chez un ami non loin du centre-ville. Nous lui donnons nos 5000 pesos restant et il nous laisse continuer vers notre destination sur son compte Uber, sympa.

Le gardien de la résidence nous dit que la propriétaire devrait arriver avec les clés d’ici 20 minutes. 30 minutes après (à la chilienne), nous sommes dans l’appartement, réglons la nuit en dollars contre une petite ristourne, et allons nous coucher.

Le lendemain, après avoir retiré de l’argent dans une agence Scotiabank pour éviter les frais bancaire, Benjamin part à la recherche d’une boulangerie pour un petit-déjeuner très tardif. Premier contact avec le pain chilien : empanadas et chaussons aux pommes.

Nous décidons de rester cette nuit à Santiago puis allons nous balader un peu. À la sortie de la belle cathédrale métropolitaine de Santiago, un binôme de lycéens chiliens nous interview pour leurs travaux personnels en anglais. Ils sont trop mignons car ils ne parlent pas un mot d’anglais spontanément, mais déclament leurs questions préparées à l’avance avec une intonation et une prononciation parfaite. Charlotte, qui est maintenant bilingue, s’en sort bien.

 

Sur la Plaza de Armas, un club d’échec a installé des tables et nous restons hypnotisés par une partie chronométrée entre deux habitués qui bouillonnent.

 

Nous suivons ensuite le parcours historique Santiago Patrimonial, avant de retrouver Rodrigo, chez qui Tom, notre connaissance a Auckland, a fait suivre le nouveau sac à dos Granite Gear de Benjamin. Nous le récupérons enfin !!

 

Nous avons faim et hésitons à aller dans un des restaurant chic et cher de la rue Lastarria, mais de peur d’être déçus, préférons aller boire une pinte dans un bar sympa pour étudier nos options sur TripAdvisor. La bande-son casse la baraque, nous sommes revenus dans la sphère d’influence anglo-saxonne.

 

Finalement, nous décidons de manger chez l’indien le plus populaire de la ville. Nous patientons dix minutes pour obtenir une table et commandons la totale. C’est un indien à la chilienne, très sage sur les épices. Bon mais pas très fidèle.

 


Le lendemain matin, nous n’avons pas la motivation pour repartir et préférons rester encore une nuit. Nous sortons très tardivement pour aller visiter le quartier Bellavista, en passant par un très grand marché couvert.

 

Charlotte se fait alpaguer par un illusionniste très insistant mais néanmoins sympathique.

 

Nous passons à La Chascona, une des maisons du poète Pablo Neruda. Nous avons encore moins d’appétit culturel que d’habitude et préférons aller manger un burger puis rentrons dormir de bonne heure.

 


Le lendemain, Benjamin transfère son paquetage dans son sac tout neuf. Nous immortalisons le passage de flambeau.

 

Nous prenons le métro jusqu’à la station recommandée par Hitchwiki pour aller à Valparaiso. Nous appréhendons toujours un peu la reprise de l’auto-stop, surtout qu’aujourd’hui notre emplacement n’est pas optimal, mais au bout d’une quinzaine de minutes, Raul s’arrête et nous prend dans son SUV. Il habite Vina del Mar, et tient absolument à nous faire goûter une vraie empanada, une empanada de pino, la recette originale, un mélange de viande de bœuf, oignons, œufs durs, et olives. Nous goûtons aussi un jus de raisin fermenté pétillant. Évidemment, Raul ne nous laisse pas payer.

Benjamin a ensuite l’occasion de faire la démonstration de sa connaissance des automobiles récalcitrantes lorsque la batterie à plat ne parvient pas à démarrer le moteur. Raul essaie de démarrer aux câbles mais ne trouve pas une bonne masse. Une fois la pince ancrée sur un écrou du châssis, ça part et Benjamin est félicité.

 

Raul nous dépose sur l’avenue Brasil et nous trouvons un café pour prévenir notre couchsurfer Ibar de notre arrivée. Il nous rejoint finalement avec 40 minutes de retard (à la chilienne) puis nous conduit chez lui.

 

Il habite dans un appartement avec sa mère, sa sœur, et son neveu. Il parle un bon anglais et nous emmène découvrir le quartier du marché et des quais. Nous allons nous promener au bord de l’eau et les deux hommes se mettent à philosopher sur le sens de la vie. Ibar est sensible et intelligent, et malheureusement comme souvent lorsque ces deux qualités sont réunies, un peu dépressif. La conversation s’oriente vers l’absurdité de l’existence humaine et Benjamin tente de résoudre cette absence de sens en annihilant l’illusion téléologique par l’approche évolutionniste. Charlotte écoute et est contente d’échapper à ces affres philosophiques grâce à ses deux chromosomes X.

Nous prenons ensuite un bus pour revenir dans le centre puis un vieux funiculaire, l’Ascensor Reina Victoria, pour rejoindre rapidement la place Bismarck, où Ibar a rendez-vous avec son pourvoyeur en marie-jeanne.

 

Le ventre de Benjamin crie famine et Ibar nous emmène dans un de ses restaurants favoris. Après avoir partagé deux énormes pizzas, nous allons boire un verre… Il nous emmène dans un bar underground rempli de metal heads. L’écran projette le clip de We all live in America, de Rammstein…

De retour à l’appartement, nous installons nos matelas dans le salon et Benjamin s’endort satisfait de constater qu’il a gagné en sérénité quant à la finitude de l’humain.

 


Le lendemain, Ibar part à l’université vers 9h et nous conseille la visite guidée de la ville à 10h. Nous prenons une douche en vitesse et courrons à la Plaza de Armas. Nous sommes en retard de 10 minutes mais repérons facilement les Wallies dans leurs t-shirts rayés rouge et blanc. Nous faisons la visite avec Camillo, interprète anglais-espagnol, et un couple de canadiens typiquement canadiens, c’est à dire parfaitement lisses. Le tour est intitulé Valparaiso Off the beaten track, et après avoir pris un bus typique serpentant à travers différentes cerros (collines), redescend par le même itinéraire que celui d’Ibar hier. Notre couchsurfeur aime donc sortir des sentiers battus.

 

Nous faisons une longue pause sur Cerro Carcel, au sein de l’ancienne prison politique (Ex Carcel) transformée depuis en centre culturel ouvert à tous. Camillo tempère notre lecture anti-impérialiste du renversement de Allende. C’était certes un coup de la CIA, mais on oublie que Pinochet bénéficiait tout de même d’un fort soutien populaire de la part de la frange la plus conservatrice de la population chilienne (paysannerie catholique), effrayée par le potentiel subversif (en premier lieu la confiscation de la propriété agraire) du programme de l’Unité Populaire. Camillo a vécu lui même ce clivage dans sa famille puisque son père, militaire, était un partisan de Pinochet contre la chienlit maxiste-léniniste, tandis que du côté maternel, on était socialiste. Il n’a aucun doute aussi que les mesures néo-libérales ont permis le développement économique du Chili, meilleur élève de l’Amérique Latine d’après le FMI. Évidemment, il déplore que les “droits de l’homme” aient pris un coup au passage.

 

Sur la descente, nous admirons quelques pièces de street art, notamment celui d’un couple d’artistes célèbre à Valparaiso.

 

La visite se termine dans un beau bâtiment où nous dégustons un roto (mélange de coca et de mauvais vin).

Roto est le terme pour désigner le chilien ordinaire, éponyme de ce breuvage.

 

 

C’est l’heure de l’empanada, frite (exception culturelle chilienne). Puis nous partons explorer la partie la plus touristique de la ville, Cerro Alegre. Elle est remplie de cafés sympas et de boutiques artisanales.

 

Après un gâteau au chocolat et une glace, nous rentrons à l’appartement mais Ibar n’étant pas réveillé, nous ressortons nous promener au milieu des innombrables graffitis de la ville.

 

Pas inspiré par un bar jazz prétentieux et cher, nous mangeons plutôt notre première chorrillano dans un restaurant populaire conseillé par Camillo. À la sortie, un trio de jazz expérimental, parfois épaulé par un saxo, régale nos oreilles. C’est un festival de rue mais néanmoins très pro, le son est excellent.

 

 

Nous rentrons nous coucher alors que Ibar se réveille. À trois heures du matin, il prend sa guitare et sort, nous ne l’entendons pas rentrer. Sa mère Mercedes nous offre le petit-déjeuner au matin. Elle fabrique des poches aromatiques contre les rhumatismes. Nous disons au revoir à Ibar qui émerge à peine, Benjamin l’exhorte à ne pas abandonner l’université.

Nous voulons marcher jusqu’à Vina del Mar le long de la mer, mais auparavant nous montons sur Cerro Bellavista jusqu’à l’église. Une adorable grand-mère de quatre-vingt-trois ans, nous invite en anglais à admirer la vue de chez elle. Sa mère est descendante de colon allemand, et Inès de son prénom, parle donc couramment allemand. Lorsqu’un mot lui manque en anglais, elle utilise l’allemand, dont il reste à Benjamin tout de même un petit quelque chose. Sa maison est très grande, sur trois niveaux. Elle y finira sa vie après y avoir passé son enfance, nous sommes émus en sortant.

 

Nous redescendons au bord de mer et marchons vers la ville jumelle Vina del Mar pour attraper le tour guidé par Camillo à 15h. La ballade est agréable à part les dernières centaines de mètres avant la ville. Nous déchantons lorsque nous cherchons un hôtel, toutes les chambres sont à plus de 40 dollars.

 

Nous faisons donc la visite avec le sac sur le dos. Comme nous ne sommes que trois anglophones, Camillo nous confie à sa collègue, un peu moins éloquente que lui. Nous sommes avec Léonard, un allemand qui finit son tour de l’Amérique latine par un petit voyage sur l’île de Pâques. Nous lui donnons notre bon plan chez Octavio. Il est très curieux sur notre tour du monde, et comme beaucoup, fascinés par le transsibérien !! Malheureusement pour notre guide, nous avons donc tendance à nous écarter du sujet et à l’exclure, ce qui lui rend la tâche encore plus difficile. Le tour se finit dans un bel amphithéâtre moderne ou se tient le festival de musique de Vina del Mar.

 

Après avoir dit au revoir à Léonard, nous cherchons un réseau WiFi pour choisir le meilleur hôtel parmi les options onéreuses. Finalement, nous trouvons une chambre avec un lit dont la largeur fait la taille de Charlotte, bras au dessus de la tête. Le soir, nous nous offrons un superbe repas dans un petit restaurant très humble, mais qui nous montre que les chiliens sont aussi capables de proposer de la gastronomie.

 

La route est longue...

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