Île de Pâques, 31 mai – 5 juin 2017


Contemplation et aventure sur l’île des moaïs.

 

31 mai

Rodé à la quarantaine, Benjamin a placé le reste de saucisson Reflet de France dans la meilleure cachette qui soit : en plein milieu de notre panier nourriture. Il lui suffit d’attirer l’attention du douanier sur les nouilles et le riz, et celui-ci ne cherche pas plus loin. Une variation de La Lettre Volée d’Edgard Poe.

Nous allons à pied en ville, beaucoup de commerces sont fermés. À la billetterie, une jeune femme ayant le sens du contact avec le public nous explique, blasée, que depuis 2016, l’île entière est un parc national qui nécessite un droit d’entrée, de 80 dollars pour les touristes étrangers. Benjamin qui se méfie des taxes touristiques depuis la Chine et la Birmanie, se demande s’il faut payer. Nous prenons le temps d’y réfléchir en nous dirigeant vers le tourist information center pour en savoir plus. À part disposer du seul réseau WiFi valable de l’île, ce centre ne sert à rien. La préposée, qui manifestement ne connaît pas l’île, se contente de rappeler qu’il est interdit d’y camper ou d’y marcher librement.

 

Dépités, nous allons voir le seul camping référencé, qui nous fait rapidement déchanter. Pas question de s’entasser sur ce petit bout de gazon. Benjamin commence à basculer et envisage sérieusement de faire le plein de vivres et de partir à pied vers le Nord. Charlotte n’est pas très enchantée par l’idée. Le couple étant maintenant coutumier de ces crises, il désamorce celle-ci avec brio : après avoir payé le billet pour la tranquillité d’esprit de Charlotte, nous nous en remettons, une nouvelle fois, à l’incertitude salvatrice de l’auto-stop. Nous sommes rapidement pris par un polynésien qui parle français et nous dépose à un camping qui n’est pas référencé. Il nous dit d’attendre le propriétaire qui doit rentrer bientôt. Nous patientons sur la pelouse surplombant Ahu Vai Uri. Si nous pouvions camper là, loin de la ville et à quelques mètres des moaïs, ce serait royal.

 

Une petite heure s’écoule avant qu’Octavio ne rentre. Son anglais est minimal mais il nous explique sans mal que son camping est fermé pour la basse saison. Pour cinq nuits, il accepte que nous restions. Nos espérions camper gratuitement, mais l’opportunité est excellente, et nous y posons donc avec plaisir nos sacs.

 

Rassurés (surtout Charlotte qui a du mal à se remettre en mode backpacker), nous retournons en ville faire des courses. Les tombes du cimetière rapanui arborent un détonnant mélange d’iconographies catholique et pascuanne.

Le peuple autochtone de l’île de Pâques, appelé peuple rapanui, descend en majorité d’habitants de la “petite Rapa” (Rapa Iti, situé dans l’archipel des Îles Australes de Polynésie française), déportés par les colons français sur la “grande Rapa” (Rapa Nui) pour y travailler. Ils se sont mêlés aux quelques survivants autochtones haumakas (premiers habitants de l’île, probablement originaire des Îles Marquises, presque exterminés par les colons espagnols). Cette population s’est christianisée sous l’influence des missions catholiques ayant administré l’île.

 

Nous nous offrons un resto de poissons frais bien placé pour admirer le coucher du soleil. Ce n’est pas très fin et bien cher (on paie la vue), nous décidons de cuisiner nous-même (enfin surtout Charlotte) pour la durée du séjour.

 

Nous nous laissons quand même tenter par des glaces dans une gelateria, elles sont énormes et délicieuses. Nous nous endormons avec et au milieu des poules.

 


1er juin : le petit tour

Poules qui nous réveillent de bon matin, ce qui ne nous empêche pas de paresser pour récupérer de la nuit d’avion précédente. Charlotte prépare de délicieuses crêpes que nous dégustons sous la petite terrasse, on se croirait presque dans un hôtel de charme.

 

Après la toilette, nous partons vers 11 heures pour le petit tour en direction de Ahu Akivi. Les petits sites de moaïs de Ahu Tahai, Ahu Ko Te Riku, et Ahu Akapu nous font déjà forte impression. Il n’y a aucune vérification des billets, et Benjamin parie que nous ne serons pas contrôlés de tout notre séjour. Pari tenu par Charlotte.

Le vol quotidien depuis Santiago est à l’approche.

 

Nous marchons seuls, l’île a beau ne vivre que de son activité touristique, on ne peut pas vraiment dire qu’elle soit envahissante. Nous apprendrons plus tard que les mois de mai et juin sont les plus pluvieux de l’année, donc relativement calmes.

Nous trouvons l’entrée des grottes de Ana Kakenga, elles sont bien cachées.

 

Nous remontons la côte jusqu’à Ahu Te Peu avant de bifurquer vers l’intérieur des terres.

 

Nous faisons un petit détour dans les grottes de Ana Te Pahu, qui retiennent l’attention de Benjamin surtout pour leurs bananiers.

 

Nous atteignons le très beau site de Ahu Akivi et ses sept moaïs tournés vers les Marquises, possible terre d’origine des Haumakas, premiers habitants de Rapa Nui.

 

Benjamin est confiant dans son pari, car encore une fois, nous ne rencontrons aucun point de contrôle. Il faut dire qu’il est peu courant de parcourir l’île en piéton, tous les touristes se déplaçant soit en minibus, soit en voiture de location (Suzuki Jimny). Nous rentrons en stop dans la voiture des rangers qui retournent chez eux (le parc ferme officiellement à 17h30).

 

Le soir, Charlotte fait son premier pain sans levain, une sorte de chapati. C’est facile, bon, et ça ne coûte rien à fabriquer. Benjamin s’étonne que nous n’y ayons pas pensé avant. Nous regardons deux épisodes de Stanger Things et allons nous coucher. Des chiens abrutis aboient toutes la nuit et les voisins sont particulièrement bruyant.

 


2 juin : Rano Kau

N’ayant pas résolu la manière d’aller visiter les plus fameux sites de moaïs qui sont aussi les plus lointains, à l’opposé de Hanga Roa, nous faisons aujourd’hui le petit tour du sud jusqu’au volcan Rano Kau et le site archéologique d’Orongo, censé être un must-see de l’île.

 

La randonnée est agréable, et le cratère vaut le coup d’œil

 

Benjamin perd son pari à Orongo, où nos billets sont tamponnés pour la première fois. Nous nous attendons logiquement à en prendre plein la vue. Il n’en est rien. On fait le tour du village en dix minutes et il est difficile de saisir visuellement l’importance du site. Les pétroglyphes vantés dans la brochure ne sont même pas visibles car protégés. Le village est cependant intéressant d’un point de vue historique car il marque le passage du culte dispendieux et énigmatique d’érection des moaïs, remplacé au XVIème siècle par un autre culte dit de “l’homme-oiseau”, vraiment absurde celui-ci.

 

Nous continuons notre tour du cratère jusqu’au cap sud et rejoignons la route.

 

Il y a beaucoup de place à l’abri dans les bois pour du camping sauvage. Pour rejoindre Ahu Vinapu, Benjamin en manque de off-track nous fait emprunter une route de terre qui disparait rapidement. Nous progressons difficilement à travers les bois avant de déboucher sur un flanc de collines où la végétation nous arrive à la taille. Nous voyons le site en contre-bas, mais la progression directe est impossible. Charlotte commence à paniquer et Benjamin à s’énerver, mais nous trouvons rapidement un chemin qui rejoint le site. Bien que mineur, il vaut le coup, avec de beaux vestiges de moais. 

 

Nous contournons à pied l’aéroport et rentrons en stop avec une famille chilienne qui se tasse dans son Suzuki Jimny pour nous faire une petite place. Benjamin a décidé de partir en trek sur l’île. Charlotte n’a pas envie. Plutôt que de se déchirer, le couple organise l’emploi du temps séparé des deux prochains jours. Benjamin marchera jusqu’à la plage de Anakena demain, dormira à proximité et partira dans la nuit pour rejoindre Ahu Tongariki où il retrouvera Charlotte à l’aube. Charlotte se fera elle une journée cool, glace et musée. Nous n’avons qu’une tente mais Octavio autorise Charlotte à dormir dans la cuisine la nuit suivante.

 


3 – 4 juin : Trek de Hanga Roa à Ahu Tongariki.

La nuit est pluvieuse, et Benjamin se met en route le cœur serré à 9h45. Charlotte lui a préparé de quoi tenir une éternité : crêpes sucre/citron, chapatis, et taboulé. Ils ont rendez vous à Ahu Tongariki demain au lever du soleil à 8h.

 

La matinée est déjà bien avancée, et les désormais familiers Ahu Tahai, Ahu Ko Te Riku, et Ahu Akapu sont avalés rapidement. Il atteint rapidement les grottes de Ana Kakenga, qui sont aujourd’hui investis par les vaches.

 

En continuant le long de la côte, il passe sous des barbelés puis deux heures de pur plaisir suivent : il n’y a pas un humain, et seuls quelques vestiges de Ahu jalonnent le parcours

 

Une excursion à cheval passe non loin, ils seront un point de repère jusqu’à la plage de Anakena. La puce GPS de la tablette ne fonctionnant pas, il est difficile de suivre les monuments marqués sur la carte : ce ne sont que des empilements de pierres.

À une oasis de bananiers (malheureusement sans eau), c’est le moment de faire une pause. Il est midi et demi et deux chapatis made by Charlotte sont dévorés, ainsi que deux bananes parfaitement jaunes. Il y en a d’autres à point, c’est trop tentant et Benjamin fait le plein.

La marche se poursuit, avec beaucoup de bovidés et d’équidés, en versions animée ou squelettique. Il y a toujours au moins une trace évidente, et beaucoup de crottins, indiquant que des treks guidés ou des excursions à cheval passent souvent par ici.

La zone est inscrite en “réhabilitation”, l’accès est donc théoriquement interdit aux individus. C’est en fait un prétexte pour faire travailler les tours opérateurs.

 

 

Impossible de savoir le nombre de kilomètres parcourus, mais il semblerait que la côte amorce un arrondi. Après quelques kilomètres un peu hésitant dans un pierrier, Benjamin descend sur un ranch encadré de cocotiers. Il a juste le temps de voir les cavaliers disparaître en haut d’une crête. À droite, on voit les flancs très abrupts du volcan Maunja Tere Vaka.

 

À partir de ce point, la trace redevient évidente et après deux kilomètres Benjamin voit avec stupéfaction un humain émerger d’une route de sable !! Il est seul avec son sac à dos et marche d’un pas décidé dans l’autre sens. La civilisation n’est sans doute pas loin. Benjamin récupère la route sur une centaine de mètres avant de rejoindre encore une fois la côte ; on prend goût au off-road ! La plage de Anakena apparaît enfin, elle est atteinte vers 16h30.

 

L’ambiance n’est pas si fantastique que cela, la plage n’a rien d’extraordinaire et les moaïs de Ahu Nau Nau à contre-jour sont difficiles à photographier. Ce serait néanmoins un endroit parfait pour camper, malheureusement à oublier car impossible de se cacher tranquille dans ce pré de cocotiers. Il n’y a pas de réseau cellulaire, et le texto destiné à rassurer Charlotte ne peut pas partir.

 

Petit moment d’hésitation, faut-il attendre le coucher du soleil, réputé très beau, puis camper non loin une fois la nuit tombée, ou continuer dès maintenant pour gagner quelques kilomètres et ne pas avoir trop de chemin à parcourir demain matin ? La vue d’un photographe qui déclenche en mode rafale fait pencher la balance en faveur de la seconde option. La joyeuse solitude des précédentes heures manque déjà.

 

À Ovahe, il y a une grotte à l’abri du vent et du bruit de la houle, mais l’endroit n’est pas très engageant. En continuant le long de la côte, Benjamin atteint Ahu Te Pito Kura. Une vieille park ranger assise le regarde avec des yeux écarquillés en lui demandant son ticket. Benjamin perd son pari une deuxième fois, dans un site secondaire en plus ! Et Charlotte n’est même pas là pour savourer sa victoire ! La mamie est impressionnée quand Benjamin dit qu’il marche, et s’inquiète de sa destination finale. Un gentil bobard “ma femme vient me chercher en voiture à -pointer sur la carte un lieu ni trop proche ni trop loin- le tire d’affaire. La ranger est circonspecte, c’est assez évident que le gros sac contient plus que de l’eau et un sweat-shirt… Mais on ne peut pas interdire à quelqu’un de se balader avec un gros sac dos. Le site ferme dans 10 minutes, juste le temps de voir la pierre magnétique qui lui donne son nom. Il y a aussi le plus grand moaï de l’île, couché par terre, mais trop occupé à s’échapper de la houlette de la ranger, Benjamin ne le voit même pas !

Arrivé au parking, il continue de longer la côte d’un pas décidé, il est maintenant grand temps de trouver où camper. Tout est très exposé au vent et au regard, bref pas idéal. Au bout d’une route de terre se trouve un petit port de pêcheurs dans la baie de La Pérouse, nommée en hommage à l’explorateur français. Des bicoques abandonnées autour d’un petit débarcadère. Il y a même des toilettes sèches, Charlotte aurait validé. Il est improbable que quelqu’un débarque ici à cette heure tardive, reste à trouver l’emplacement idéal. En explorant un peu plus, Benjamin tombe sur deux bergers allemands interloqués. Rencontre inquiétante, ils n’ont pas l’air méchant mais il ne faut pas qu’ils le deviennent. Il soutient donc leur regard, puis rebrousse chemin, ce que les deux canidés, un mâle et une femelle, prennent apparemment comme une invitation car ils ne le quitteront plus. Après avoir attendu sans succès que ses deux amis quadrupèdes veuillent bien le laisser tranquille, il se résout à planter la tente à côté d’une baraque avec un petit abri, toujours utile en cas de gros temps. Les chiens s’allongent à une distance respectueuse d’une dizaine de mètres pendant l’installation du bivouac.

 

Benjamin se sent des ailes et décide de faire chauffer de la polenta. Un jeu d’enfant car il y a tout le petit bois nécessaire. Le briquet est un peu dur comme d’habitude et après avoir un peu insisté, zzzzing, le ressort de la pierre saute. Plus moyen de produire une étincelle… Évidemment pas de briquet de rechange ou d’allumettes. C’est mal barré. Benjamin se met alors à fouiller les cabanes alentours en quête d’un briquet. Dans la baraque d’à côté, il trouve un vieux briquet sur le sol !! La pierre fonctionne, par contre il n’y a presque plus de gaz. L’allume-feu refuse de partir et après trois tentatives, le briquet n’a plus de combustible. La perspective d’une polenta s’éloigne. Décidé à employer la manière forte, Benjamin trouve un peu d’essence dont il imbibe l’allume-feu. Une petite étincelle suffit et le feu part, mais à cause de l’excitation, il dose mal la polenta… Qui se révèle donc un peu croustillante. En dessert, une crêpe sucré citron-vert lui fait tristement penser à Charlotte : elle n’aurait pas raté la polenta, elle…

La nuit est difficile : le vent s’engouffre dans la tente en faisant un boucan du diable, un vilain rhume l’empêche de respirer, et l’inquiétude d’avoir laissé Charlotte sans nouvelles l’empêche de dormir. En sus, un des chiens tient absolument à dormir sous l’abside. Alors qu’il a enfin trouvé le sommeil, Benjamin est réveillé à deux heures du matin par des animaux farfouillant autour de la tente. L’ombre d’un cheval apparaît. Un bon coup de lampe torche et les trois énergumènes détallent dans la nuit. Il faut se rendormir et profiter des trois heures de repos restant.

Le réveil sonne à 5h30, et c’est branle-bas de combat, Benjamin plie tout le matériel le plus vite possible. Résultat, il est sur la route à 6h20… Cinquante minutes pour décamper, voilà une performance. Se maudissant du retard déjà accumulé, il rejoint rapidement la route à la frontale. Il fait nuit noire, la lune qui se faisait un malin plaisir à l’empêcher de dormir quelques heures plus tôt est maintenant complètement occultée par les nuages. Après un virage caractéristique, le chemin repéré sur la carte la veille, permettant de couper a travers plaine pour rejoindre directement Rano Raraku, apparaît sans ambiguïté, se dirigeant plein sud. La barrière est cadenassée mais la clôture est ouverte sur le côté. La trace est facile à suivre, même dans la nuit noire. Première difficulté lorsque le chemin se sépare en deux. Toujours escorté de ses deux chiens de garde, Benjamin prend la direction sud-est, sous les yeux inquiets et réfléchissant de dizaines de vaches. Après deux-cents mètres, la trace disparaît complètement. La puce GPS de la tablette refuse toujours de le localiser sur la carte. En quelques tours sur lui même, Benjamin est complètement désorienté. Petite pensée pour Charlotte qui n’aurait pas manqué de paniquer à ce stade. C’est le moment de sortir la précieuse boussole, bien rangée dans le sac et n’ayant jamais servi. Petit test, cap au nord et rapidement Benjamin retrouve la trace, la boussole semble donc suffisamment fiable. Il suffit de la suivre direction sud/sud-est pour tomber sur le volcan. L’île fait moins de 10 kilomètres de large, et la zone est bordée à l’est par la route. Aucune chance de se perdre donc, et malgré l’appréhension, Benjamin plonge dans la nuit boussole à la main. Les chiens ont l’air stimulés par cette promenade nocturne et ouvrent la danse. Ils s’amusent aussi beaucoup à effrayer les vaches et les chevaux. Il faut parfois marcher sur des pierriers casse-pattes ou escalader des murets en pierre, mais alors que le jour se lève, une trace un peu plus cohérente se révèle, qui se dirige vers un volcan. Bingo, c’est Rano Raraku.

 

Abordé par sa face nord, on devine les moaïs inachevés. Le site n’est pas encore officiellement ouvert, c’est vraiment magique d’arriver de cette manière.

 

Mais il n’a pas le temps d’en faire le tour car il est déjà 8 heures. Il coupe à travers champs toujours flanqué de ses chiens et les quinze moaïs de Ahu Tongariki se dressent au loin, joie !!

 

Il aperçoit Charlotte dans son imperméable bleu turquoise discuter avec un petit groupe, mais elle ne semble pas l’avoir vu. Encore porté par sa marche solitaire, il escalade le muret de pierres qui ressemble à tous les autres murets de pierres. L’acrobatie n’a pas échappé au park ranger qui lui met le grappin dessus et après avoir tamponné son ticket (troisième défaite contre Charlotte), lui demande dorénavant d’emprunter l’entrée pour le public, comme tout le monde. Charlotte qui l’a enfin reconnu, accourt, soulagée de le retrouver vivant. Elle a eu très peur du chauffeur de taxi qu’elle a brillamment négocié 10 000 pesos ce matin : l’homme était saoul et la course flippante. Alors que nous mitraillons les magnifiques monolithes, un homme interpelle Benjamin et lui demande de respecter le site en n’escaladant pas les murets. Un peu décontenancé Benjamin s’excuse et le regrette peu après, il aurait dû lancer ses bergers allemands sur le fat individu.

 

Sans nous presser, nous empruntons la route de terre qui rejoint le site de Rano Raraku. Le ranger est pour une fois très affable et parle un anglais respectable, il nous rappelle de ne surtout pas monter sur les blocs de pierre dans ce qui est un musée en plein air. Nous sommes absolument subjugués par la beauté et la mélancolie émanant de ce site. Le temps semble s’y être arrêté. Pourquoi ces moaïs ont-ils été laissés morts-nés à flanc de ce volcan ?

 

Ici gît le plus grand moaï, ou plutôt projet de moaï , pas encore détaché de la roche.

moai en gestation

 

Nous trouvons un banc ensoleillé et à l’abri du vent pour manger des crêpes et des bananes. Le groupe de touristes qui avait proposé de raccompagner Charlotte se fait prendre en train de grimper sur des restes de moais. Ils sont immédiatement raccompagnés à la sortie. Plusieurs rangers sont camouflées dans les buissons pour traquer ce genre de comportements stupides. Nous montons jusqu’au lac du cratère, mais la zone étant en réhabilitation surveillée, nous ne pouvons pas en faire le tour.

 

Nous rejoignons la route circulaire en coupant par le Te Ara O Te Moais, le long duquel gisent plusieurs moaïs victimes d’accidents de transport entre le volcan et leur destination finale. Les chiens s’amusent à collectionner les trophées de mulots. À chaque nouvelle prise, Charlotte les gronde mais ça n’a aucun effet sur leur instinct prédateur.

 

Nous mangeons nos derniers chapatis près de Ahu Runga Va’e. Des cowboys conduisent leurs troupeaux le long de la route. Nous sommes exténués, abandonnons les chiens, et rentrons en stop. C’est un père venu rendre visite à son fils qui habite sur l’île. Ils nous déposent à la jonction pour le site de Puna Pau, que nous tenons à voir : c’est là que les chapeaux des moais étaient taillés.

 

Un groupe de chilien nous ramène ensuite jusqu’à Hanga Roa dans un vieux 4×4 roulant sur trois cylindres. Benjamin aimerait bien une glace, mais c’est dimanche… Le marathon annuel de l’île se termine. Nous applaudissons les derniers avant de revenir au camping ou Benjamin s’offre une bonne douche chaude.

 


5 mai : départ à la chilienne (en retard)

D’après notre billet, notre avion part à 14h30, nous prenons donc le temps d’admirer une dernière fois les moaïs voisins et déguster une dantesque coupe glacée.

 

Charlotte essaie de nous trouver un hôtel à Santiago mais la sélection ne fait pas rêver. Nous partons un peu après 13h, et rejoignons l’aéroport au pas de course par peur d’être en retard. L’hôtesse est d’une amabilité très pascuanne et nous remarquons que l’heure prévue d’embarquement est dans 1h30. Notre avion est retardé de deux heures, sans explications. Au contrôle, nos deux pommes enrichies en pesticides sont confisquées, sans explication (le concept de quarantaine, c’est normalement entre pays, et à l’arrivée non ?). Nos deux litres d’eau ne posent en revanche pas de problème. Nous ne cherchons pas à comprendre.

 

La route est longue...

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