La Birmanie du Sud : Rangoun, Hpa-An, et Dawei, 10 – 15 janvier 2017


Pour nos derniers jours en Birmanie, nous poussons vers le Sud et découvrons des plages que l’on aimerait trouver en Thaïlande.

 

L’enchantement du lac Inle ne dure qu’un temps. Il n’y a plus rien d’authentique autour de cette merveille, et nous songeons à rapidement repartir. Nous réservons un bus “normal” pour rejoindre Rangoun dans la nuit. Le bus est tout neuf et le voyage étonnamment confortable. Benjamin dort comme un loire et ne se rend même pas compte de l’arrêt d’une demie-heure nécessaire au changement d’une roue au pneu crevé.


10 janvier

La gare routière, que nous atteignons à 8h30, est mal située très proche de l’aéroport, à 20 km de downtown. Nous ne voulons pas rester à Rangoun et réservons tout de suite un minibus pour Hpa-An partant à 19h30 le soir même.

Un taxi nous emporte ensuite à la pagode Shwedagon. Le trafic a cette heure de pointe est infernal, et nous mettons plus de 1h20 à rejoindre le site. Le paysage urbain est très laid, nous confortant dans notre choix de ne pas nous éterniser ici.

Vendeuse de draps en pleine démonstration

 

Après un petit combat avec un jeune mendiant qui tente de s’emparer de nos chaussures, nous gravissons les marches de l’entrée Est. Arrivés en haut, nous nous sentons las et ne voulons pas payer. Nous restons assis à l’entrée en regardant les touristes et les locaux défiler.

 

Nous captons miraculeusement un réseau WiFi. La situation hôtelière à Hpa-An ne semble pas reluisante, et Charlotte nous réserve une chambre bon-marché par téléphone, en précisant bien que nous arriverons tard.

 

Nous avons faim, et redescendons finalement pour aller déguster des nouilles de Shan dans un fameux restaurant. C’est peu cher et très bon, nous rattrapons nos deux repas de retard.

Charlotte attend ses nouilles

 

Nous finissons par des excellents thé et espresso dans un salon de thé tout nouveau à quelques mètres.

Direction ensuite le marché Bogyoke Aung San. Beaucoup de joaillerie, mais ce sont les stands de jus de fruits qui nous attirent le plus. Nous remontons ensuite vers le lac Kandawgyi. Une birmane interpelle Benjamin en lui faisant remarquer qu’il est trop maigre pour son âge. Ce franc-parler le déstabilise… Même lui ne parle pas comme cela à des inconnus !

 

Nous empruntons le ponton jusqu’à la pointe Est du lac.

Le Karaweik

 

Le parc devient ensuite payant et nous terminons dans le lobby d’un hôtel avec une bonne connexion internet en attendant de prendre un taxi pour retourner à la gare routière.

Le trafic est de nouveau cauchemardesque ; notre chauffeur, convaincu que nous allons manquer notre bus, fait tout pour gagner du temps. Ces embouteillages semblent découler d’une mauvaise organisation de la voirie plus que d’une réelle affluence.

Nous arrivons finalement trois minutes avant le départ de la camionnette. Il était inutile de se presser, puisque nous partons au bout de plus de 20 minutes de discussions enflammées concernant la répartition des bagages ou l’attribution des sièges. Nous ne comprenons pas vraiment ce qui est en jeu, mais nous parvenons à rester côte à côte.

 


11 janvier

Le vendeur de ticket s’est bien moqué de nous, puisque ce minibus “express” est en fait aussi lent qu’un bus classique, et nous arrivons à Hpa-An à 2h30 du matin au lieu de 23 heures comme promis…

Nous réveillons le gérant de la guesthouse Soe Brothers, mais il n’a pas de chambre disponible et ne trouve pas notre nom. En fait il y a deux guesthouses , l’une, Soe Brothers, est pourrie et l’autre, Soe Brothers II, est toute neuve. C’est bien sûr la plus pourrie que nous avions appelé le matin. Elle est à vingt minutes de marche. Elle est bel et bien pourrie. Et notre réservation annulée suite à notre retard… Le manager, insensible, refuse de nous laisser dormir dans la salle commune.

Nous commençons à errer d’hôtel en hôtel, réveillant le personnel qui à chaque fois ne peut rien pour nous. Charlotte pique une crise mais ça n’a aucun effet sur le birman. Nous cherchons à planter la tente, mais il n’y a aucun espace vert isolé à l’horizon, et pour ne rien arranger, il pleut des cordes.

Nous finissons par entrer dans l’enceinte d’une église baptiste, le gardien en réveille le prêtre qui nous accueille en nous dépliant un tapis de sol et quelques couvertures. Nous nous écroulons de sommeil.

Le lendemain à 9h30, Roland, notre sauveur, nous propose une chambre au sous-sol si nous voulons rester. Il pleut des cordes, ce n’est pas le moment de partir vers l’inconnu. La maison est construite sur deux étages, et le prêtre et sa femme hébergent déjà deux jeunes filles en plus de leurs deux enfants.

 

Une douche revigorante (à l’eau froide) plus tard, Roland nous dépose à la poste où nous envoyons le traditionnel colis pour les enfants, et nos cartes postales. Il nous emmène ensuite dans un restaurant typiquement birman, et c’est… déroutant et pas très bon. Ce genre de déception culinaire nous était aussi arrivé en Chine. C’est comme si un français, pour faire découvrir la gastronomie de notre pays, emmenait des étrangers manger des tripes, des escargots, ou des grenouilles, au lieu d’une bonne entrecôte. Il ne faut pas brûler les étapes.

Roland nous prend ensuite sous son aile et nous fait visiter les sites autour de la ville. Le mont Zwegabin, les grottes de Kaw Ka Thang, la pagode perchée de Kyauk Ka Lat… La région de Hpa-An est magnifique, s’il fait beau demain, nous aurons beaucoup à visiter.

 

Mais il ne fera pas beau demain, et nous décidons de partir sans tarder vers le Sud, à Dawei, pour voir une Birmanie encore intacte avant de repasser à Bangkok. Le soir, nous allons manger sur la place bordant le lac Kan Thar Yar.

 


12 janvier

5h45, Roland tient à nous déposer à la gare de bus de départ pour être sûr que nous ayons une place assise. Le bus parcourt la ville à allure d’escargot à partir de 6 heures, avant de se mettre en route à 6h45…

De Moulmein, le premier bus pour Dawei est à 17h30, avec une arrivée prévue à deux heures du matin. Ce n’est guère pratique. Nous décidons d’aviser en cherchant un café pour le petit-déjeuner au bord du fleuve Salouen. La ville est bizarrement agencée et il faut contourner un mont pour passer de la route principale à la vieille ville.

Nous échouons dans un faux salon de thé au nom trompeur de Delifrance. La nourriture n’a rien de délicieuse ni de française.

Le fleuve Salouen

 

Nous décidons de partir en tentant le stop. Nous utilisons occasionnellement l’auto-stop à des endroits où il ne peut pas rater. Sur les axes des villes, c’est beaucoup plus ardu et nous faisons l’erreur de débutant de ne pas sortir de la ville. Bilan : 1h30 de perdue et de discussion inutile avec des birmans qui nous indiquent la station de bus située à quelques centaines de mètres.

Nous achetons finalement des billets pour un bus à 19h30, ce qui nous laisse le temps de découvrir la ville. Elle n’a rien d’extraordinaire. Beaucoup de bâtiments dans leurs jus mais rien de bien attrayant. Georges Orwell y a vécu, c’est sans doute de là que vient sa renommée indue.

 

Le bus arrive à 20h30, et la punition d’avoir raté notre départ en stop se précise : le bus est bondé, bruyant et inconfortable, une bonne nuit en perspective. À un contrôle de police, Benjamin refuse de descendre croyant à une énième pause pipi. Un officiel vient le chercher en lui demandant s’il est saoûl. C’est le moment de se ressaisir. Non monsieur, juste frustré et fatigué, pardon monsieur.

 


13 janvier

Nous arrivons à 4h du matin au nord de Dawei, dans une gare routière en chantier. Un taxi partagé nous emporte vers la plage de Maugmagan. L’air est chargé d’humidité, une brume épaisse nous entoure. La Coconut guesthouse nous accueille en early check-in (on voit que les horaires improbables des autobus ont été pris en compte pour calibrer l’offre). Nous payons 10 dollars pour finir la nuit.

La chambre est basique, avec un climatiseur et un chauffe-eau instantané, mais sans climatisation ni eau chaude… qui sont en cours d’installation nous dit-on. Nous vidons les lieux pour trouver un hôtel meilleur marché et plus près de la plage. On y trouve quelques guesthouses et tout au bout un beach resort qui ne semble avoir de resort que le nom. Nous trouvons un bungalow sans charme mais à l’abri et à dix mètres de la plage dans une guesthouse tenue par des chinois.

Accès à la plage depuis notre bungalow

 

Nous louons un scooter un peu fatigué, c’est le seul qui reste. Après un déjeuner assailli par les mouches sur un resto de plage, Charlotte se repose tandis que Benjamin part se promener. La plage est magnifique, s’étendant sur des kilomètres dans les deux directions, et pas encore défigurée par les hôtels ou les bikinis des touristes occidentales.

 

Pour dîner, nous sortons en ville, 20 bonnes minutes de scooter sur une route pas très bien éclairée, Charlotte est ravie.

Nous profitons du WiFi du lobby d’un grand hôtel pour trouver un resto prometteur et répondre à des e-mails. Le repas est suivi d’un délicieux yaourt aux fruits frais dans un café sympathique.

20 minutes de scooters après, nous nous couchons repus de cette journée

 


14 janvier

Le lendemain, Charlotte est d’humeur plage, Benjamin part donc seul à la découverte de la péninsule. Il prend la direction de Teyzit Beach. Sur le chemin, un temple bouddhiste abrite un hominoïde très joueur.

 

Les distances sont longues et le scooter pas très vif, mais Benjamin atteint finalement, au bout d’une longue piste, le village de pêcheurs de San Hlam. Pas beaucoup de touristes ici.

 

Une glace au lait de coco et quelques bananes plus tard, Benjamin repart en sens inverse pour rejoindre la route principale dans l’espoir de voir Teyzit Beach, prétendument la plus belle plage des environs. Une route toute neuve, très abrupte, semble couper à travers la colline en passant par une pagode. Comment résister à voir une autre pagode ? La pente atteint 40% et le quart d’essence restant se tasse au fond du réservoir, désamorçant la pompe. Malgré plusieurs tentatives, impossible de négocier le col et la redescente sur la route principale s’impose.

Une pente trop raide pour le scooter

 

Lancé à 90 km/h sur la route goudronnée, le bolide émet un bruit de ferraille pendant quelques minutes avant de s’arrêter définitivement. Impossible de le remettre en route. Heureusement un garage se trouve à 50 mètres, le mécano parvient à redémarrer la bécane et se traîner jusqu’à son local. Les clés Allen s’agitent. La vidange permet de récupérer deux gouttes d’huile, l’entretien a été un peu négligé…

 

Le moulin semble rincé, et Benjamin renonçant à attendre les secours du loueur qui est à plus d’une heure de route, est pris en stop par un jeune homme sur son scooter 150 cm³. Il ne dépasse pas les 50 km/h et s’arrête parfois pour déposer du linge et de l’argent liquide à des boutiques le long de la route. Il présente à Benjamin sa “meilleure amie”, un transsexuel, puis un autre ami “coiffeur” à Maugmagan. Benjamin met fin à cette petite introduction à la communauté gay de Dawei car il est temps pour lui de rejoindre sa femme pour une baignade crépusculaire.

Alors que nous marchons dans l’eau, il se fait pincer le pied. L’entaille est bien visible, et saigne un petit peu. Nous pensons d’abord à un crabe. Après avoir bien lavé la plaie, une douleur lancinante gagne tout le membre. Manifestement, ce n’était pas un simple crabe mais un animal vénéneux. Nous allons manger sur la plage mais loin de se calmer, la douleur devient de plus en plus aiguë au cours du repas. Un homme du restaurant nous prend sur son scooter pour nous emmener au dispensaire.

Une personne que tout le monde présente comme le médecin examine Benjamin. Flanqué d’une infirmière, il reste stoïque alors que la chochotte se tord de douleur sur la table. Il suspecte une mauvaise rencontre avec une raie. Deux piqûres d’analgésique dans les fesses soulagent rapidement la douleur. Il manque un antalgique pour le lendemain, c’est l’homme au scooter qui va le chercher pour nous à l’autre bout du village. Pas de facture, nous faisons un don à l’hôpital puis rentrons à l’hôtel préparer nos bagages : un taxi vient nous chercher le lendemain à 7 heures pour rejoindre le poste-frontière de Htee Kee.

 


15 janvier

Le taxi nous conduit à travers une piste dans la jungle pendant plus de quatre heures. Les douaniers sont très aimables des deux côtés, et grâce à la magie de l’auto-stop en Thaïlande, nous nous retrouvons rapidement à 130 km/h sur une route bitumée vers Bangkok. Nous retrouvons le lendemain la mère de Benjamin à l’aéroport pour un petit séjour en famille sur l’île de Ko Chang, au large du Cambodge.

 

 

La route est longue...

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