Varanasi, 19 – 20 décembre 2016


Nous passons deux jours dans la ville de Varanasi, temple du mysticisme hindou et paradis des photographes. Les rives sacrées du Gange offrent un spectacle saisissant.

 

Arrivés à la gare de Khajurâho, nous n’attendons pas le train, c’est le train qui nous attend ! Nous voyageons maintenant systématiquement en 3ème classe dans les trains de nuit : la crasse, le froid, et le bruit des compartiments sleeper sont rédhibitoires.

Nos deux compagnons de tuk-tuk viennent nous quémander quelques feuillets de papier toilette, ils sont en rupture. Ils ont tout juste le temps de rejoindre leur wagon avant que le train ne parte, exactement à l’heure prévue.

La nuit est moins tranquille qu’espérée, et nous arrivons avec 1h30 de retard à Varanasi.

Sur le quai, nous retrouvons Lucas et les deux français. Les chauffeurs de tuk-tuk nous sautent immédiatement dessus. Partis pour partager la course avec Lucas, nous n’appliquons pas notre technique habituelle consistant à nous éloigner de la gare pour obtenir un tarif honnête. Lucas, un peu pressé, tombe d’accord sur une course à 100 Rps.

Le trafic pour rejoindre la rue Badhani est infernal, et après avoir refusé, comme trop souvent, de donner davantage d’argent au chauffeur, nous nous dirigeons vers notre guesthouse. Elle est située, comme des centaines d’autres, en plein cœur historique à quelques minutes des ghats nord, dans le quartier piéton.

 

Après un déjeuner quelconque sur le rooftop d’une guesthouse, nous allons nous promener sur les berges.

 

Pour nous qui arrivons de la paisible Orchhâ, la promenade est extrêmement désagréable : il est impossible de marcher 30 secondes sans qu’un vendeur de tour en bateau, de visite guidée, ou de haschich ne nous aborde avec insistance. L’endroit est certes photogénique, mais l’atmosphère est tout ce que nous détestons. Nous sentons qu’il nous faut partir rapidement de cette ville.

 

À la nuit tombée nous nous dirigeons vers le ghat Dasaswamedh. 

Les morts se consument au milieu des canidés errants et des bovidés sacrés. La fumée âcre pique les yeux et irritent les narines. De nouveaux corps décorés de guirlandes florales sont régulièrement apportés jusqu’au bord de l’eau. D’abord trempées dans le Gange, pour les purifier, les dépouilles sont ensuite débarrassées de leurs ornements, et déposées, enveloppées de leur linceul, sur le bûcher.

Chaque corps a le droit à son feu, qui est toujours démarré par quelques tisons issus du feu sacré (situé à quelques pas). Les familles restent tout au long de la crémation (entre 3 et 4 heures) pour entretenir le feu.

Chaque caste a son espace, et la taille du bûcher dépend de la position sociale (reflétant le coût d’achat du combustible). Des hospices, situés à quelques mètres du ghat, accueillent les plus démunis pour leurs derniers moments.

Autour de ce rituel, très éloigné de nos cérémonies funéraires, quelques profiteurs sont présents pour tenter -encore une fois- d’extorquer quelques roupies aux touristes en proposant un meilleur point de vue ou l’autorisation de prendre des photos. Cette ambiance très particulière mélangeant impudeur funéraire et voyeurisme touristique met Charlotte assez mal à l’aise et nous nous éloignons pour changer d’air, après avoir discrètement pris quelques photos.

 

Il nous faut absolument retirer de l’argent car nous sommes à court de roupies, notre visite à Khajurâho ayant achevé de vider nos poches.

Nous croisons plusieurs distributeurs tous vides ! Notre hôte nous avait pourtant assuré que la ville avait le plein de liquide à l’occasion de la visite prochaine du premier ministre à Varanasi.

Nous continuons d’avancer et tombons sur Lucas et son amie tous deux dans la même situation que nous !  À quatre nous finissons par repérer un distributeur avec une longue queue, signe qu’il y a encore quelques billets. Nous essayons la technique de “l’étranger”, qui fonctionne un peu moins bien que d’habitude car nous sommes trop nombreux, mais nous pouvons tout de même retirer rapidement une fois chacun.

En rentrant vers notre hôtel nous apercevons un autre distributeur ouvert et réitérons la manœuvre.

Nous n’aurons pas été vraiment handicapés par les impacts de la démonétisation lors de notre séjour en Inde, le statut de touriste étranger permettant de couper les files et selon la bienveillance du vigile, d’effectuer plusieurs retraits. D’autres voyageurs ont rencontré beaucoup plus de difficultés.

 

Nous avons envie de nous poser dans un coin tranquille, loin de la foule, et allons donc tester Baba lassi. C’est un tout petit corner, avec des inscriptions sur les murs vantant les qualités du lassi. Nous testons la spécialité version grenade et pomme et sommes conquis. Le lassi est bien épais, fait devant vous, versé dans un récipient en terre cuite et parsemé de fruits frais. C’est un vrai régal pour nos papilles. Définitivement le meilleur lassi que nous ayons gouté.

Comme la nuit a été courte, nous ne rentrons pas trop tard à l’hôtel.

 


Après un réveil tardif, Charlotte part à la chasse aux croissants : une boulangerie française a ouvert à deux pas de l’hôtel. Benjamin (le boulanger) ne propose pour l’instant que des viennoiseries. Elle revient avec trois pains au chocolat et un chausson aux pommes. Le tout a un formidable goût de France, la pâte feuilleté est croustillante et la compote délicieuse. Ça nous donnerait presque envie de rester plus longtemps.

Benjamin a attrapé froid et reste au chaud, tandis que Charlotte part à la découverte de la ville. Sur le chemin elle achète deux billets de train pour Bodhgaya (notre prochaine étape) dans une agence.

Direction les ghats sud, pour découvrir l’autre côté de la veille ville. La vie près du Gange semble sortie d’un autre siècle, les gens font leur lessive ou se lavent dans ce fleuve sacré.

 

Un attroupement s’est formé près de Chauki Ghat, où un homme est interviewé par une télé nordique. C’est un sadhu, une sorte de moine hindou pratiquant une ascèse pour atteindre le moshka. Le moment est propice aux photos.

 

La ballade se poursuit en s’enfonçant dans les petites ruelles adjacentes. La vie y est plus paisible, et les habitants plus respectueux de la tranquillité des touristes. Charlotte découvre un temple hindou un peu par hasard.

 

Elle passe récupérer Benjamin à l’hôtel pour aller assister à la cérémonie Ganga Artï du soir, au ghat Manmandir.

Quatre brahmanes sont au centre de l’attention et enchaînent les différents rituels. Les cinq éléments sont mis à l’honneur, à travers des chants, des postures et des offrandes. Le public autour est en transe, le mysticisme est un élément essentiel de cette ville.

 

Nous allons manger dans un petit resto non végétarien pas loin de notre hôtel, puis allons prendre une glace, la journée est déjà finie. Nous partons tôt le lendemain dans une autre ville pèlerinage, bouddhiste cette fois, Bodhgaya.

 

 

La route est longue...


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2 commentaires sur “Varanasi, 19 – 20 décembre 2016

  • Gerard et Pascal

    Il est encore temps de vous souhaiter une bonne année sur les routes du Monde.
    Chaque matin, je me connecte sur votre site pour lire le récit de vos “aventures”. Bravo pour les photos.
    Je suis devenu addict !! Nous pensons fort à vous deux.. Bises.
    Gérard et Pascal.
    PS: Merci pour la jolie carte.

    • durocketukarrots Auteur de l’article

      Merci beaucoup pour ce petit message! Nous vous souhaitons également une excellente année 2017 à tous les deux.
      Gros bisous depuis une plage de Thaïlande sur laquelle nous nous prélassons depuis cinq jours …