Trek de Langtang, 16 – 22 novembre 2016 


Initialement lancés pour le tour des Annapurnas, nous sommes finalement partis pour un trek moins long, tout aussi beau et surtout moins touristique : celui de la vallée du Langtang, une région dévastée par un tremblement de terre il y a un an.

 

Jour 1 : de Kathmandou à Syabru Bensi en bus

Réveil à 5h30, le taxi vient nous chercher à 6h15 pour un bus “annoncé” à 6h30 (600 roupies par personne). Dans la précipitation, nous ne prenons pas le temps de retirer de l’argent…

Arrivés à la “nouvelle” gare routière, nous prenons place. Le bus partira finalement à 7h30, après maintes tractations entre des aspirants passagers, un homme qui semble être le “chef de cabine” du bus, et un militaire. Plusieurs personnes tentent d’arracher une place et se font sortir.

Finalement le volume de la musique poussé à fond donne le signal du départ. La première partie du trajet est tranquille, nous nous arrêtons pour le déjeuner dans un village, pas de distributeur de billets en vue… Nous commençons à angoisser, les mêmes erreurs se répètent…

Après la pause repas, l’état de la route se dégrade sévèrement, le goudron laisse place à des routes de terre caillassées à flan de falaise. Rien de bien rassurant, même si la vue est superbe. De l’autre côté de la gorge, un village est comme suspendu au flanc de la falaise.

Nous sommes projetés dans tous les sens par les irrégularités du chemin. Lors des arrêts fréquents, nous prenons plusieurs marchandises et autres passagers qui s’entassent dans le couloir du bus.

Arrivés à Dunche, les contrôles de passeports se succèdent, puis l’on nous fait descendre du bus pour payer l’entrée de la réserve.

Nous sommes déconfis car nous avons tout juste de quoi nous acquitter du droit d’entrée puis nous n’aurons plus un rond pour le reste de la randonnée…  Et il nous faudra faire demi-tour… Nous expliquons la situation aux militaires dans l’espoir d’une ristourne,  mais c’est plutôt une information essentielle qu’ils nous donnent : il y a deux distributeurs à Dunche, nous ne serons donc pas obligés de mendier le gîte et le couvert, ce qui, dans un pays aussi pauvre, ferait mauvais genre.

Soulagés,  Benjamin s’empresse d’aller transformer cette info en acte, et nous voici avec de quoi poursuivre notre voyage !

La route serpente encore à flanc de montagne jusqu’à ce que nous nous retrouvions bloqués : des dizaines de jeeps sont garées et un attroupement s’est formé plus loin sur la route : elle s’est effondrée le jour précédent sous le poids d’un camion. On distingue très bien l’impressionnante déchirure sur son flanc.

 

Chacun met la main à la pâte pour la reconstruction express de la voie : les rocs sont empilés sur la voie et seront terrassés par des machines, qui sont déjà sur place.

Avec trois autres touristes, nous prenons nos sacs à dos et décidons de finir la route à pied. Nous avons du mal à croire que le trou béant puisse se transformer en route praticable d’ici 1h30. Syabru Bensi n’est plus qu’à 11 kilomètres et on nous assure qu’il y a un raccourci pour éviter la partie de la route en lacet.

Nous profitons du chemin pour faire connaissance avec nos nouveaux compagnons de voyage : Laetitia et Raphaël,  un couple franco-italien en voyage pendant 7 mois au Népal et en Inde et David, un jeune anglais venu faire le trek de Langtang en hommage à sa petite amie tuée dans le tremblement de terre…

Après avoir passés les deux villages qui nous séparent de Syabru Bensi, nous nous rendons compte que nous avons légèrement dépassé le raccourci annoncé. Heureusement un vieil homme vient à notre rescousse et nous guide dans le dédale des terrasses pour que nous puissions rejoindre le chemin.

 

Nous arrivons de nuit. Les hôteliers sont surpris, car ils n’ont pas vu le bus arriver. Nous l’avons devancé. Nous nous arrêtons au premier hôtel venu, et commandons tout de suite notre repas (qui mettra plus d’une heure et demie à arriver…). Nous commençons à comprendre le fonctionnement des lodges et précisons avant d’aller dormir l’heure de notre petit déjeuner.

 


Jour 2 : Syabru Bensi jusqu’à Rimche

La veille nous avons décidé de partir vers 8h et marcher ensemble avec David. Après un banana pancake pour Charlotte et un faux chocolate pancake pour Benjamin, nous entamons la marche qui monte doucement le long d’une gorge. Benjamin a beaucoup de mal, sa bronchite contractée a Katmandou a empiré. Le masque lui permet de respirer malgré la poussière.

 

Heureusement, on trouve sur le chemin de nombreuses tea houses qui permettent de faire des pauses.

 

Une dernière montée éreintante débouche sur une guesthouse perchée sur la falaise.

 

Lama Hotel, notre objectif, est encore à 25 minutes de marche. Il est 17h, et nous choisissons de faire confiance aux trekkeurs sur le retour qui nous assurent que cet endroit est mieux. Chez Ganesh, la chambre est spartiate, mais comprise dans le repas, avec une douche chaude gratuite. Effectivement elle est brûlante.

Lors du dîner, nous discutons avec Christophe, un grenoblois qui voyage beaucoup. Il a passé deux jours à Kyanjin Gumba avec son guide pour y gravir un des sommets. Un petit 4600 m tout de même… Il nous explique aussi qu’une Malaysienne est morte hier du mal aigu des montagnes. Une erreur de son guide : comme elle ne se sentait pas bien, il l’a mise sur une mule. Elle est allée se coucher épuisée pour ne jamais se réveiller…

Il y a aussi autour de la table un couple d’occidentaux habillés en fringues tier-mondistes et mangeant leur dhal bhat avec les mains pour faire comme les locaux. Ils trouvent quand même que la nourriture est chère sur ce trek comparée aux petites villages népalais reculés… Nous partageons aussi notre voyage chez les Tsaatans avec une française qui a adoré cette expérience de “l’être au lieu du faire” (heureuse formule pour traduire l’ennui qui guette le visiteur perdu au milieu de la taïga enneigée…) David discute avec Gilli, un jeune israélien personnage récurrent de notre trek.

Salle à manger de la Ganesh guesthouse

 


Jour 3 : de Rimche à Thangsyap

Pancake à la pomme pour tout le monde, puis nous partons une fois fait le plein d’eau.

Filtration d’eau

 

Nous dépassons Lama Hotel, et ne regrettons pas nous être arrêtés avant. Nous déjeunons tôt à 11h30, semoule de blé sur notre réchaud pour échapper à la nourriture de trek répétitive et chère. Rapidement, David nous distance : c’est très important pour lui d’arriver à Langtang aujourd’hui, et Benjamin nous retarde.

 

La progression est très difficile pour le couple, mais pour une fois c’est Benjamin le maillon faible.

Au milieu de la journée, la forêt laisse peu à peu place à un paysage plus aride et sauvage. Nous prenons notre temps pour savourer chaque instant. Avec ce passage nous avons vraiment l’impression de nous enfoncer entre les montagnes.

 

Nous traversons le village de Thangsyap, et tout au bout, dans la cour de l’hôtel Potala, nous reconnaissons Gilli, le jeune israélien croisé la veille. Il nous enjoint à nous arrêter ici, avec lui. Nous hésitons car nous sommes encore à une heure de Langtang et nous pensions nous arrêter pour la nuit un peu plus tard. Le gérant nous apprend qu’en dépit de ce qui est noté sur notre plan, la plupart des guesthouses jusqu’à Langtang ont été détruites. Benjamin est épuisé et nous décidons donc de nous ranger à l’avis général.

Les deux chambres sont déjà prises et il nous faut donc planter la tente. Trouver un bon endroit n’est pas si facile,  entre une terre très dure et les crottes qui jonchent le sol.

 

Nous dînons à la guesthouse, et Charlotte doit forcer Benjamin à se restaurer. C’est l’occasion d’échanger avec les autres voyageurs. Gilli vient de finir son service militaire, et comme le veut la tradition, effectue un long voyage avant de commencer sa vie en Israël. Après avoir passé deux mois en Inde, il compte y retourner après cet interlude népalais.

Il y a aussi une hôtelière française vivant 5 mois de l’année au Népal. Elle est venue avec une partie de sa belle famille pour aider à la reconstruction. Ses cousins sont ultra-chargés et nous nous demandons de quel bois ils sont faits…

On nous prête une couverture avant de nous mettre au lit au cas où… À presque 3 500m d’altitude, les nuits sont fraîches.

 


Jour 4 : de Thangsyap à Kyanjin Gompa

Levés aux aurores, afin d’avoir tout le temps nécessaire pour rejoindre Kyanjin Gompa (normalement à environ 3h de marche), nous prenons juste une boisson chaude et goûtons nos biscuits petit-déjeuner népalais.

Nous rendons la couverture, dispensable, et commençons la randonnée vers Langtang.

 

Nous progressons extrêmement lentement car Benjamin ne va toujours pas mieux. Nous croisons de plus en plus de traces du tremblement de terre : sur la route, nombres de maisons et guesthouses sont effondrées. Nous entrevoyons le succès passé du trek.

Juste avant Langtang, il nous faut traverser une immense coulée de cailloux. Plus de la moitié du village est encore enfouie dessous. La marche se fait en silence tant c’est émouvant.

 

Le village, où plutôt ce qu’il en reste, essaye de se reconstruire, mais ses habitants restent marqués par la catastrophe. En plus d’avoir perdu des membres de leurs familles, ils ont également perdu leur gagne-pain, car l’activité touristique est encore loin d’être revenue à son niveau initial.

 

Nous nous arrêtons deux villages plus loin pour nous restaurer en puisant à nouveau dans nos provisions, car il semble que nos estomacs ne résistent pas bien à la nourriture népalaise ou à l’altitude, nous ne sommes pas bien sûrs.

L’après midi, nous nous enfonçons encore plus profondément au milieu des montagnes. La marche est difficile car Charlotte prend mal à la tête et ne veut pas finir comme la Malaisienne, nous ralentissons encore un peu notre rythme. Le soleil déclinant n’atteint plus la vallée, la température chute brusquement.

 

À la faveur d’un tournant, nous découvrons un stupa, c’est le signe que nous attendions : nous sommes presque arrivés à Kyanjin Gompa ! Un pont suspendu plus tard,  nous apercevons le village et nous mettons en quête de la guesthouse qui nous a été conseillée la veille.

 

Les quelques touristes sont une ressource précieuse, une hôtelière n’hésitant pas à nous faire croire que notre hôtel n’existe plus depuis le tremblement de terre. Nous perséverons et finissons par retrouver Gilli, arrivé bien avant nous comme toujours !

 

Entrée de L’Himalayan guesthouse

 

La chambre est spartiate mais il y a des toilettes et vu l’état de nos intestins, ils sont les bienvenus.

Notre hôte a perdu deux de ses fils qui vivaient à Langtang dans le tremblement de terre. Elle a encore un petit garçon de trois ans avec elle, tandis que les deux autres sont à l’école à Katmandou. Elle nous explique qu’elle n’est pas sûre de pouvoir mettre le dernier à l’école si les touristes ne reviennent pas…

 

Benjamin, même diminué, n’a pas manqué de repérer la boulangerie de Kyanjin Gompa. Les gâteaux sont tout frais, car ils sont faits l’après-midi en même temps que le pain, qui ne peut pas lever dans les températures matinales. Ici aussi, on désespère de l’activité touristique qui ne repart pas. Si l’on veut fêter son anniversaire, c’est possible, il faut commander son gâteau un jour à l’avance.

 


Jour 5 : de Kyanjin Gompa à Lama Hotel

La nuit est extrêmement froide. Nous prenons la décisions de ne pas grimper de sommets car nous sommes trop fatigués, ce ne serait pas raisonnable de monter encore plus haut. Nous avons au contraire hâte de redescendre, en deux jours. La journée est longue jusqu’à ce que nous atteignons la zone boisée.

 

Lama Hotel n’est plus qu’à deux heures de marche.

 

Nous retrouvons… Gilli !! Il s’est fait mal au genou, et n’a donc pas poussé jusqu’à Ganesh View Hotel.

 


Jour 6 : de Lama Hotel à Syabru Bensi

Il obliquera vers le sud pour faire un détour par les lacs de Gosainkund avant de rejoindre Dhunche. De notre côté, nous continuons par le plus court chemin vers Syabru Bensi.

 

Le dernier pont suspendu avant Syabru Bensi

 

Nos billets de bus retour en poche, nous dégustons une bière Everest dans un hôtel tenu par des indiens. Le curry de poulet qui suit nous réjouit.

 


Jour 7 : retour à Katmandou

Nous passons sans encombres la route réparée, mais l’arrêt à Thade est plus long que prévu. Notre chauffeur refuse de reprendre la route pour éviter d’être pris à parti dans un sérieux conflit : le jour précédent, un chauffeur de bus a tué un villageois. Les habitants bloquent la circulation espérant faire pression sur la compagnie d’autobus afin d’obtenir une compensation conséquente pour la famille endeuillée. Même les voitures privées ne peuvent pas passer. Il nous faut attendre la fin du bras de fer entre les deux parties. Les compagnies de bus finissent toujours par payer, mais l’accord peut prendre plusieurs heures.

 

Nous patientons à coup de dhal, momo, et bières. L’occasion de parler à des têtes croisées sur le trek : deux néerlandais qui se sont retrouvés sur une de nos photos, et un belge venu jouer du saranghi à Langtang pour rendre hommage à un de ses amis mort dans le tremblement de terre.

Après quatre heures d’attente, nous repartons mais sommes stoppés quelques kilomètres plus loin : priorité aux véhicules qui montent… Pendant plus d’une heure, des dizaines de camions manœuvrent pour se frayer un passage entre le bas côté et les autobus stationnés. Certains sont joliment décorés.

 

Nous arrivons à plus de minuit aux abords de Katmandou, surpayons la course de taxi à un chauffeur peu scrupuleux, et nous couchons, soulagés, dans notre lit king-size.

 

La route est longue...


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2 commentaires sur “Trek de Langtang, 16 – 22 novembre 2016 

  • Gilad

    Hi Guys !
    I’ve founded my journey notebook few days ago, and I saw your web written in there and I had to come and take a look
    your site is amazing !! I was so exited to see again these photos from the trek we sheared .
    I hope you both feeling good and happy 🙂

    Until we meet again,
    Gilli .

    • Charlotte & Benjamin Auteur de l’article

      Gilad, so good to hear from you ! Hope your life is good in Israel, and that we’ll have the chance to see each other again. Somewhere around the world?