Transsibérien 1, Moscou – Yekaterinbourg, 9 – 10 septembre 2016 6


Ici commence l’aventure. Nous avions beaucoup lu d’articles sur la toile pour aider à la préparation de cette partie du voyage. La plupart des articles, au demeurant fort informatifs par ailleurs, dépeignent un procédé bien plus ardu qu’il ne l’est en réalité. Voici notre recette, allégée en complications.

 

Réserver ses billets

La première étape consiste à construire son parcours à l’aide du site Real Russia, qui liste les trains de la ligne transsibérienne avec les horaires locaux (utile pour savoir à quelle heure on arrive et à quelle heure on part à chaque étape).

De là, on est tenté de rester coincer avec l’alternative acheter ses billets en ligne 30% plus cher sur ce beau site Web en anglais, ou dédier une demi-journée à les prendre au guichet de la gare. Notre première expérience laborieuse à Saint-Pétersbourg, pour un trajet des plus communs, nous a incité à trouver une autre solution…

Il est tout simplement possible de réserver ses billets transsibérien sur le site internet de la compagnie ferroviaire russe, comme pour n’importe quel train. Même pas besoin de l’aide d’un local puisque le site existe en version anglaise. On choisit sa place sur plan. Prévoir 15 min par tronçon à réserver, car l’achat de billets multiples est impossible. Heureusement, votre navigateur Web devrait garder en cache les informations passagers obligatoires (état civil et numéro de passeport) à fournir.

Et voilà, en 2016, le transsibérien se réserve en E-billet… Les aficionados y verront sûrement une perte de charme, internet nécessitant moins de témérité.

Attention ! Il est possible que vous ayiez quand même certains billets à retirer en gare (c’est marqué en rouge sur votre confirmation électronique). Prévoir d’accorder une bonne demi-heure à cet exercice qui peut s’avérer compliqué (pour nous ils s’y sont mis à 3 avant de réussir à imprimer notre billet…).

 

Choisir sa classe et sa place

Parlons peu et bien, a priori deux choix sembent raisonnables : la première ou la troisième classe (platzkart). Parlons de la troisième classe, en espérant avoir les moyens de faire un petit article sur la première dans quelques années…

– Si l’on est deux. C’est la configuration parfaite. L’un dort en haut et l’autre en bas. Prendre les couchettes du couloir (side place), pour avoir sa propre table. Évidemment réserver le plus au milieu du wagon possible, pour être le plus tranquille et le plus loin des toilettes.

– Si l’on est seul, prendre une couchette en haut pour être autonome couchettement parlant, et dans une alcôve pour être abrité des passages.

Nous arrivons tranquillement à la gare avec 30 minutes d’avance, ça coince à l’entrée des wagons de 3ème classe.

 

Après le départ du train, le chef de bord passe vérifier les passeports et distribuer les kits de voyage (draps + petite serviette de toilette), l’option est sélectionnable en ligne.

 

Charlotte tenant fébrilement nos passeports

Charlotte tenant fébrilement nos passeports

 

Chaque nouvel arrivant fait son lit promptement de façon à pouvoir s’allonger, sous le regard sévère des hôtesses.

Le train semble discipliné, les chefs de wagon en apparence stricts. Les trains ne sont pas sales, mais pas particulièrement propres non plus. Il est judicieux de prévoir des sursacs pour protéger les bagages stockés à ses pieds. Le ménage est fait une fois par jour par le personnel à bord. Entre les deux, certains produits de première nécessité viennent vite à manquer (comprendre: apporter ses propres réserves de papier hygiénique).

 

Alors que l’ennui commence à s’installer, nous nous arrêtons dans une gare.

 

Beaucoup de femmes vendent des babioles, ou des petits en-cas, un homme cherche quant à lui preneur pour un objet un peu plus spécifique :

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Si le cycle journalier est maintenu dans le transsibérien (l’intensité lumineuse baisse pendant la nuit), le rythme des activités devient plus lâche: la journée est rythmée par une alternance soutenue de siestes et thés.

Alors que nous nous apprêtons à aller nous coucher, une jeune fille nous invite à boire le thé à sa table. Elle s’appelle Lena et retourne chez elle à Kazan après un mois passé à Moscou. Nous sommes sur la ligne transsibérienne passant la plus au sud-est, qui s’arrête à Kazan, la capitale de la République Tatar. Son compagnon de voyage fait un déplacement professionnel d’une traite jusqu’à Vladivostock, son entreprise ne lui payant pas l’avion.

Lena ne comprend pas la fascination exercée par le transsibérien sur les étrangers. Pourquoi s’infliger cela ? Elle nous dit que nous sommes dans un train particulièrement vétuste. Les installations sont habituellement plus modernes (train climatisé). Par chance, ce soir il n’y a pas d’ivrognes. Nous échangeons chocolat contre biscuits et quelques conseils voyages (Lena a été au Tibet et au Népal).

En troisième classe, les nuits n’en sont pas vraiment. Le train s’arrête régulièrement, et les passagers changent fréquemment, avec tous le brouhaha associé.

Nos derniers voisins de voyage nous feront ensuite entrevoir la facette misérable de la Russie prolétarienne : l’alcoolisme. Sentant la vodka dès 10h du matin, et visiblement fascinés par Charlotte, ils nous laisseront très peu de répit pendant les dix dernières heures de voyage. Malgré la barrière de la langue, ils ont tout fait pour communiquer avec nous, oscillant entre tristesse, jovialité, et agressivité. Nous passons par l’enthousiasme, la gêne (l’un d’eux s’étant épris de la Charlotte), pour finir sur des adieux délirants oú nous croulerons sous les cadeaux alimentaires divers et variés (impossible de refuser), et les numéros de téléphone. Au final, une expérience assez triste.

On plie bagage après plus d'une journée de voyage

On plie bagage après plus d’une journée de voyage

Avant de partir, ne pas oublier d’enlever ses draps et rouler son matelas. Tout doit être net pour les prochains occupants qui ne tarderont pas à arriver. Le transsibérien est une machine bien rodée ou aucune perte de place n’est tolérée !

Enfin descendus sur le quai de la gare de Yekaterinbourg, après ces 27 heures interminables, nous nous mettons en marche forcée vers le Top Hostel, où Charlotte a réservé quelques semaines plus tôt une chambre double, dont l’évocation, à ce stade, nous emplit de joie.

Les pauses régulières conseillées lors d’un voyage en transsibérien prennent tout leur sens.

Nous sentons que le voyage proprement dit est désormais vraiment lancé.

La route est longue...


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6 commentaires sur “Transsibérien 1, Moscou – Yekaterinbourg, 9 – 10 septembre 2016

  • francoise mariez

    j’adore les photos des “locaux”, pourriez vous en mettre plus car les rencontres font justement partis du voyage et par exemple une photo de toi ou charlotte avec cette femme Lena aurait été sympa et me donnerait encore plus l’impression de voyager avec vous

    • durocketukarrots Auteur de l’article

      Ne pas oublier que les locaux en question sont juste des gens ordinaires qui prennent un train de nuit parce que c’est moins cher…

      Le mec au vase c’est une photo volée, il a un peu râlé (son commerce ne doit pas être très légal).

      Les plus belles images sont dans notre tête !

  • magui NOUGUE-SANS

    Coincidence: je parlais de votre voyage à une amie russe, Olga, qui habite à NYC, et elle partageait exactement l’avis de Lena: “je passais des heures dans le Transsibérien quand j’étais petite pour aller voir ma grand-mère, et franchement, je ne comprends pas pourquoi les européens romantisent cette expérience. J’étais terrorisée par les mauvaises rencontres. J’espère au moins qu’ils étaient en 2eme classe…….”
    Eh bien à moi, la lecture de vos aventures, ca me donne envie de le prendre, ce Transsibérien. (en 2eme classe)